Sonic Triple Trouble
Jeu pas fini du tout #9

Type de jeu
L’un des Sonic les plus faciles de l’Histoire apparemment, sauf pour moi. Mais très cool sinon, hein.
Date de sortie sur nos machines
Novembre 1994, un mois après Sonic & Knuckles dans la vraie vie. Et euh… cent avant avant dans la timeline de la saga ?
Développeur
Aspect Co., Ltd. Dont le but était apparemment de produire du contenu digital de haute qualité sur les dernières plateformes du marché. Ah ouais ? Comme tout le monde, nan ?
éDITEUR
SEGA Enterprises Ltd., avec encore quelques années de Sonic à publier devant eux. Faites pas les cons les ga… ah bah trop tard.
Dispo sur : Alors euh… une petite percée sur 3DS et puis plus rien ? Eeeh ouais, triste destin.
Si ma mémoire ne me fait pas défaut, je n’ai pas eu d’autre jeu Game Gear après celui-ci. Sauf que ma mémoire me fait défaut concernant la manière dont j’ai dit adieu à ma console portable. Ai-je arrêté de jouer à Sonic Triple Trouble parce que la machine avait rendu l’âme ? Ou au contraire la Game Gear a-t-elle décidé de mettre fin à ses jours plus tard, après avoir compris que je l’avais honteusement abandonnée, entre autres pour un ordinateur dernier cri ? Cette petite période de flou de mon enfance me frustre un peu. Là, tout de suite, j’ai envie de plaider pour la première option, qui arrangerait bien mes affaires pour ce texte. J’ai adoré jouer à Sonic sur ma petite bouffeuse de piles préférée, pourquoi n’aurais-je jamais terminé Triple Trouble, alors ? Parce que j’étais nul ? Oui, d’accord peut-être, mais pas dans mon idéal nostalgique plus ou moins édulcoré par mon inconscient. Disons donc que je n’ai jamais pu me faire les dents comme je voulais sur ce jeu à cause d’une défaillance de hardware. Je replonge dedans (dans mon idéal nostalgique, vous ne pioncez pas déjà, quand même) pour me convaincre que j’aurais dû faire réparer ma Game Gear au lieu de la jeter dans la poubelle comme un gland.
Stress post-traumagamegearique

Elle aurait bien mérité de vivre encore quelques années. Même de vivre encore aujourd'hui. Bon, j’ai pas du tout besoin de me convaincre, je prêche moi-même un convaincu, qui n'est autre que moi-même. Ouah, j'écris encore plus mal que je ne parle en public. La disparition de la Game Gear a créé tant de séquelles que ça chez moi ? Allez, assez digressé. Je chouine déjà assez souvent sur mes mauvais choix de l’époque.
Un casting docile pour un jeu facile ?

Sorti à la toute fin d'année 1994, cette mouture de Sonic est également la dernière que j'aie testée avant de lâcher la licence. Double peine, ce Triple Trouble. J'ai eu tort, je sais. Ou pas. Sonic & Knuckles, d'accord. La honte de ne pas y avoir mis les pieds. Tails Adventure, Sonic Blast, oui oui j'avoue. Tous les trucs en 3D sur Saturn, Dreamcast et autres machines pas retro car sorties après 2000, bouah ! Je touche pas. Triple Trouble donc, développé par Aspect, qui avait déjà fait ses armes sur les jeux 8-bits Sonic Chaos et Sonic 2 sur Master System. Bien. Pas mal tout ça. Il fait beau en ce moment, dis donc. On reprend les mêmes personnages vus dans Sonic 3, en y ajoutant un nouveau venu : Fang le Sniper. Plus tard renommé le chasseur, pour… je ne sais quelle raison obscure de je ne sais quel abruti pas très inspiré, mais passons. Nack the Weasel, oui il s'appelle aussi comme ça et personne n'y comprend rien, désolé. Donc Nack Fang the Sniper Weasel (et pas le Weasel Sniper, grands dieux) veut s’accaparer les Émeraudes du Chaos pour les revendre. À qui ? Par quels biais ? Sur quel étal de marché ? Avec quels moyens à disposition pour laver l'argent sale qu'il en tirera ? L'histoire ne nous le dit pas.
Je crois qu'aucun jeu Sonic ne s’embarrasse de telles considérations. Et c'est à cause d'un affreux manque de travail sur le lore que la Dreamcast a coulé la frange constructeur de SEGA. Je vous jure c'est vrai. En tout cas, Fang ne trouvera personne de solvable parmi les créatures peuplant le monde de ce jeu. Robotnik peut-être ? Il a toujours assez de fric pour construire ses bases et ses machines, alors pourquoi pas. Autres nouveautés, des power-ups exclusifs à Sonic ou Tails, que l'on peut choisir d'incarner avant chaque stage. Le pauvre renardeau n'apparaît même pas sur l'image de la boîte. Tout le contraire de Sonic 2 sur Master System, où il montre bien son minois, alors qu’il nous reste inaccessible tout du long ! Mieux vaut que ça se passe dans le sens de Triple Trouble, au final. Les items dont je parlais avant de dévier modifient le gameplay et permettent de traverser les niveaux via différents itinéraires. Si par itinéraire on entend voler au-dessus de trois collines avec des baskets à réaction, quoi.


Sonic peut aussi exécuter un peel-out, euh, genre de spin-dash sans se rouler en boule, donc pas du tout pratique puisqu'on perd nos anneaux au premier ennemi rencontré. Conséquence : je ne m'en servais jamais. Tails peut voler sur quelques mètres, comme en mangeant une carotte de Super Mario Land 2. Rien qui réinvente trois pattes à un canard en train de casser une roue, mais ça existe, ce qui rend l'expérience toujours plus cool que si ça n'existait pas. J'ai bien aimé la DA du jeu. Enfin surtout concernant les stages, parce que quoi d'autre ? Je me fatigue et je m'auto-vanne dans la même phrase, maintenant. Notamment Sunset Park, qui malgré son nom ressemble plus à une zone industrielle désaffectée qu'à Nigloland. J'aime bien les vibes industrielles. C'est pas pour rien que ma zone préférée all time reste Oil Ocean de Sonic 2 sur MD. Et c’est pas pour rien que j'ai mis vingt-deux ans à quitter Le Havre, alors que n'importe qui d'autre en aurait mis quinze, avec juste le brevet en poche.
J'aime bien les mangroves et les ruines submergées, aussi ; j'ai donc eu de quoi m'éclater avec les mondes suivants. Après, je pense savoir pourquoi j'ai bloqué dans Tidal Plant. Pour la même raison que je flippais déjà à fond dans Labyrinth Zone dans le premier jeu sur Mega Drive. La perspective d’être responsable de la noyade de Sonic m'angoissait à un point… et ce malgré la présence inédite de grosses bulles dans lesquelles on pouvait voyager sans craindre de manquer d'air. Par contre, il pouvait s’empaler sur des pics ou se faire écraser par d'énormes rochers, ça ne me posait aucun souci. On fait un peu de chariot par-ci et du surf par-là, histoire de varier le gameplay pendant la sieste de papi, et puis voilà, on a fait le tour je crois. Ah non ! Restent les stages secrets, qui apparaissent une fois par zone, lorsque l'on explose une télé avec une image d'émeraude dedans. Parfois on y fait de l'avion en fausse 3D, parfois on se farcit un stage classique.


À la fin, Fang apparaît et on lui chipe l'une des gemmes qu'il a volées auparavant. Bien fait ! T'avais qu'à pas te renommer “le chasseur” ! T'es en territoire Wokiste, ici, et Sonic il sauve des animaux, donc fais-toi discret ! Sinon, les ennemis n'ont pas eu autant de chance au grand jeu de la direction artistique. Je les trouve assez ratés pour la plupart, et ça vaut également pour les boss. D'ailleurs, je déteste les boss incarnés par des objets ou des machines. Ou alors il faut que la tête de Robotnik dépasse et qu'on rebondisse dessus. Ou que la machine ait la tronche de Robotnik, comme dans Sonic Spinball, exactement. La locomtive canon, bof quoi ; alors que pourtant le stage du train avec son scrolling de l'enfer, je l'adorais. Il aurait suffi d'avoir Robotnik dans la cabine, qu'on lui crame la tête, et j'aurais validé. Pareil pour les hélicos dans Alex Kidd in Shinobi World, ou ENCORE un train dans Revenge of Shinobi. Pourquoi ? Quelle plus value ça nous apporte, par rapport à des boss humains ? Ou monstrueux, tant qu'ils semblent à peu près vivants, quoi.
La faute à un budget trop léger, ou à une mauvaise décision d'un manager ? On va dire que oui pour les deux. Le monde entier semble avoir trouvé le jeu facile, d’après les commentaires et critiques que j’ai lues en divers refuges plus ou moins fréquentables du net. Super constat pour mon amour propre, vu que je n’ai pas pu le finir ; merci les gars. J’ai dû m’arrêter à la zone aquatique, donc j'en avais vu une bonne partie quand même ; je me rassure comme je peux. D’ailleurs, une révélation vient de me frapper : je n’ai JAMAIS terminé UN SEUL jeu Sonic de ma vie, sur les cinq que j’ai possédés. Même le tout premier sur la Mega Drive, j'ai bloqué à peu près quinze fois sur le boss final sans parvenir à le monter en l'air. Bravo le mec qui s'invente une espèce de culture rétro nostalgique au-dessus de la moyenne. Même pas fichu de finir un jeu Sonic. Voilà, j'ai presque envie de rougir de honte, maintenant ! Puis je me rappelle que je n'ai plus dix ans, et la honte s'évapore.


Sauf que dans ma tête, je n'ai effectivement jamais dépassé dix piges d'âge mental, donc oui, je rougis à nouveau et je deviens livide à la fois, sensation très bizarre. Et puis dans ce cas précis, j'ai dit que c'était la faute à ma Game Gear, alors ça va hein ! Contrairement à pas mal de gens qui commençaient à se lasser de la formule 2D sous speed restée quasi-inchangée depuis 1991, moi j'aimais encore bien. vu que je n'avais fait que Sonic 1 et 2 sur Mega Drive, le 1 sur Master Sytem, et Sonic Spinball aussi, mais il ne compte qu'à moitié. Je n'ai donc trouvé Triple Trouble ni manquant de challenge, ni manquant d'originalité. Je voyais Knuckles pour la première fois, en plus. D'ailleurs il sert à quoi ici, lui ? À part nous recouvrir de lave en appuyant sur un bouton après chaque fight contre un boss ? On n’avait pas déjà débunké le mythe de Knuckles dans Sonic 3, où Robotnik ne faisait que le monter contre nous sur la base de gros mythos ? Bah si pourtant, Triple Trouble est sorti neuf mois plus tard. Même Sonic & Knuckles est sorti avant. Il aurait dû se montrer sympa avec nous, le gars. Mais non, il recommence à nous embrouiller. Pas l’échidné le plus piquant de la forêt, celui-là.
Sonic Triple Groove
Nom : Yayoi Fujimori. Projets : Triple Trouble et Legend of Illusion, c’est tout ? Il semblerait. J’espère pour elle qu’elle a trouvé de quoi vivre de la musique ailleurs. Parce que ça fait peu pour se constituer une rente à vie. Pourtant, j’ai beaucoup aimé ce qu’elle a composé pour Triple Trouble. Ça correspond bien à ce que proposent les autres B.O. de Sonic déjà sorties à l'époque. Ça groove, ça pétille et ça accompagne à merveille nos courses endiablées, bien que stoppées toutes les trois secondes par un mur, un trou ou une bestiole mécanique mal lunée. Tous les morceaux se valent, je trouve. Très cool, sans pour autant révolutionner la chiptune. Remarque, ça ne doit pas être simple de révolutionner quoi que ce soit sur Game Gear. Ahaha ! Euh, eh, mais qu'est-ce que je raconte moi, à la dénigrer comme ça ? J'ai oublié d'où je viens ou quoi ? Allez, je choisis laquelle ? La guillerette de Great Turquoise ? L’épique de Sunset Park ? La Donkeykongesque de Meta Junglira ? L’énigmatique de Tidal Plant ? J’ai du mal à trancher, mais je crois que je préfère encore le thème qui accompagne la remontée du train, avec son intro presque aérienne, puis le démarrage en trombe. Comme si, bah comme si on débarquait sans transition sur le toit d’un train en marche, et qu’on se mettait à courir à fond de balle dessus, quoi. Exactement ce qu'il se passe à l'écran.
La Fang justifie les moyens
Je ne sais pas si je peux regretter d'avoir raté la fin d'un jeu à une zone près, tout ça pour me voir gratifié d’une cutscene de Sonic et Tails qui volent dans leur avion rouge tout bidon. Mec, tu sais que tu crois cinq cent fois plus vite que ton biplan à deux balles ? Pourquoi tu le trimballes partout ? Ouais nan, pas trop de regrets, ma nostalgie compulsive ne m'a pas rendu taré à ce point. J'ai surtout honte de ne jamais avoir vu la fin d'un jeu de la saga tout court. Et dire que je me la racontais dans la cour de récré, avec ma soi-disant expertise infaillible sur le sujet. C'est pas très beau, tout ça. Bon, quoi d'autre, à part chialer pour la dixième fois parce que j'aurais dû traiter ma Game Gear comme un précieux trésor, plutôt que comme un objet trop fragile et trop vite devenu obsolète.
Je reste très heureux d'avoir pu jouer à Triple Trouble, ce jeu représentant la fin de l'âge d'or des consoles portables que j'ai connues. Et presque la fin des consoles tout court. Je me demande bien ce que j'aurais fait si mon beau-père n'avait jamais acheté son Pentium 75MHz en 1995. J'aurais pris une Saturn ? Réclamé une PlayStation avant 1998 ? Une Nintendo 64… haha non, là je rigole, faut pas déconner. Combien de jeux aurais-je acheté sur ma Mega Drive après Pitfall et son aventure Maya ? Tant de scénarios alternatifs à imaginer, tant de temps présent à convertir en ressassement du passé. Mon activité préférée ! Surtout si ça me fait manquer d'importants événements, conjugaux, familiaux ou sociaux, peu importe ! Bref, je ne vais pas remuer ciel et terre pour me refaire ce Triple Trouble (ciel et terre se résumant à lancer un émulateur, mais même). Gardons ça au chaud dans un coin privilégié de la tête, sans trop le rafraîchir, surtout.

