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Dungeons & Dragons Tower of Doom

Jeu doudou éternel #10

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

Type de jeu

Meilleur ami de vacances ever. Meilleure borne d'arcade aussi. Et ce même si je n'ai presque rien eu pour comparer.

Date de sortie sur nos machines

Avril 1994, quand je croyais encore que Capcom était une sous-marque de Street Fighter II.

Développeur

Capcom Co., Ltd. Mais alors, c’est pas une sous-marque ?

éDITEUR

Capcom Co., Ltd. Ultra grand maître arcadier parmi les grands maîtres arcadiers

D&D Tower of Doom : disponible sur Steam, dans la compilation Chronicles of Mystara. Il a aussi existé sur PS3, Wii U et Xbox 360, mais ça commence à dater.

Été 1996, pendant les grandes vacances. Je passe une semaine dans un camping avec ma mère, mon beau-père et mes sœurs Elena et Rebecca Vestibule. Je ne sais plus dans quelle région de France on se rendait cette fois, peut-être le Gard, le Lot, peu importe. À peine arrivé, je pars m'acheter une glace au bar, suivant une sorte de rituel réconfortant que je reproduis tous les ans. Et puis, ça me permet de faire une pause des parents ; après huit heures de route dans le camping-car, ils me sortent par les yeux. Alors que la personne au comptoir part chercher mon Magnum au chocolat blanc, je tourne la tête, et mon regard tombe sur un objet qui pique ma curiosité ; une borne d'arcade rutilante et sobre à la fois, ultra stylée, avec sa coque noire, l'affiche du jeu et ses personnages au-dessus de l'écran, les quatre pads pour autant de joueurs potentiels en-dessous. En vrai, je ne me rappelle pas de l'apparence de la borne, j'ai juste cherché sur Google. Bouuuh ! Faux frère ! Cela dit, je me rappelle avoir été attiré comme une mouche est attirée par la perspective de défigurer un manifestant avec un LBD. À moins que je confonde avec un agent de police, je vais creuser le sujet. Quand je dis “pique ma curiosité”, on parle du plus gros euphémisme des années 90, hein. La preuve, je n'ai pas mangé d’autres glaces du séjour. Tout mon argent de poche et mes économies ont fini dans la tirelire de la machine. Je n'ai même pas acheté le moindre fossile de trilobite, ou le moindre fragment de malachite, cette année-là ! J'ai squatté Tower of Doom autant que je le pouvais, dès que je finissais mon repas, dès que j'arrivais à m'éclipser auprès des potes du moment, en espérant ne pas passer pour un asocial patenté.

Summer of Doom

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

Mais j'y jouais tout seul. Et je le trouvais super dur. Il m'aurait suffi d'embarquer un ou deux gars avec moi, mais non ; je voulais me le garder rien que pour moi. Trop bizarre, ce gatekeeping contre-productif. Et hyper spécifique, aussi. Mais si j’aurais adoré faire participer mon pote Randall Geyser ou mon cousin Walter Valise, pas moyen de partager ce joyau inestimable avec des gosses randoms que je n’allais plus jamais revoir dans six jours. Je n'ai jamais réussi à terminer Tower of Doom avant la fin du séjour, ce jeu, ce qui m'a énormément frustré. Heureusement que je n'ai jamais su qu'il existait sur Saturn, j'aurais sûrement cherché à me procurer la console envers et contre tout (et sans argent de poche, donc). Enfin je dis heureusement, mais quel genre d'individu sain d'esprit se satisferait de ne PAS acquérir de Saturn ? Quelle énorme connerie j'ai faite de réclamer une PlayStation, ouais ! Ah non, personne ne dirait ça non plus.

L’Arcade pas à la maison

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

Capcom en BTA sur arcade dans les années 90, ça éclatait toute la concurrence sans forcer. Et BTA, ça veut dire ? Baston Trop Attachante, quoi d’autre ? On exclut les quelques exceptions de l'équation, évidemment. J'arrête les phrases avec plein de mots en E, maintenant. Konami et ses Turtles in Time, par exemple. À l'époque, je ne sortais pas ces évidences à qui voulait l'entendre dans la rue, vu que je n'en aurais moi-même pas compris un mot. Je n'avais quasiment jamais touché de borne d’arcade de ma vie. Peut-être un tout petit peu à la foire de Rouen, mais même pas sûr. Pourtant, j'ai encaissé une partie de cette hype de taré en plein dans le bide. Une seule borne CPS2 a suffi. Quelques papillons de cette déferlante squattent encore mon ventre aujourd'hui. En même temps, jeu de bagarre en 2D magnifique, licence D&D, trame qui se déroule dans le monde de Mystara dont j'ai lu quelques romans se passant aussi dans le coin, et gameplay aux petits oignons enchantés. Il ne m'en fallait pas autant pour craquer. Et j'ai donc embarqué pour cette épopée enivrante avec entrain.

Ah merde je recommence avec le E. J'ai le plus souvent choisi le Cleric, car je l'adorais déjà dans Warriors of the Eternal Sun, alors le seul autre jeu Dungeons & Dragons que je connaissais. Je n'ai juste jamais choisi le Nain, dont je faisais déjà des overdoses, notamment dans Golden Axe. Et ils me gavent toujours autant dans Total War Warhammer III, ces grincheux devant l’éternel. En tout cas, j'ai adoré retrouver les mêmes sorts que sur mon vieux RPG de Mega Drive ! Continual Light et Cure Serious Wounds, yes ! Pour l'Elfe, pareil avec Magic Missile et Cloudkill. À noter que Nain et Elfe sont relégués à de simples classes, au même titre que Fighter ou Cleric, selon les vieilles règles de TSR. Heureusement, des plaintes de personnalités antiracistes ont corrigé le tir depuis. Bon, les ressemblances avec Warriors machin s'arrêtent là, heureusement. On nous sert du dynamisme en barres, via un panel de mandales disponibles assez stylé, des attaques chargées, parades, esquives et autres coups de massue retournées.

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade
Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

Sans parler de l'arc utilisable par tout le monde, des huiles inflammables à lancer, des dagues à euh… à lancer aussi, et enfin les sortilèges, que même les gros bourrins pouvaient jeter via le ramassage d'objets magiques. Je n'ai pas passé d'assez longues vacances là-bas pour maîtriser toutes les subtilités du système, mais j'aimais bien me dire qu'à terme, j'aurais pu. Vient alors la question que l’on se pose tous, mais dont on se fout totalement de la réponse : pourquoi on se tape, en fait ? Parce que les monstres, qui d'habitude se marravent plutôt entre eux et ne mangent pas plus de trois gentils citoyens par jour, ont soudain décidé de s'en prendre à une cible commune (les pauvres humains donc) avec une coordination jamais vue auparavant. Et si… et si quelqu'un de très mal intentionné tirait les ficelles ? Au hasard une liche méga puissante, installée dans une grande tour noire sortie de terre une semaine plus tôt ? Ah oui, ça pourrait être ça, tiens. Allons voir. Avant d'y arriver, il va falloir se farcir un bestiaire haut en couleurs.

J'en connaissais déjà une partie, toujours grâce à Warriors truc, notamment l'ours-hibou, les goules, ou encore le troll et la manticore. J'en ai découvert d'autres, du Kobold tout bidon au Gnoll plus costaud, mais surtout la Displacer Beast. Une panthère noire géante affublée de tentacules à mâchoires, mais qui en plus apparaît en double ! Elle me défonçait à chaque fois, mais je ne lui en voulais pas. Elle était juste trop classe. Si jamais l’envie nous en prend, il existe une bifurcation qui permet de l'éviter et de visiter une autre zone à la place. C'est la seule d'ailleurs, il me semble. Mais là non plus je n'allais pas bien loin. La seule fois où j'ai vraiment dépassé la moitié du jeu, c'est quand j'ai repris la partie d'un gars qui squattait la borne avant moi et qui s'est barré après avoir perdu toutes ses vies. J'ai vite mis une pièce de dix balles avant que le compte à rebours des continue n’expire. Et j'ai crevé contre un Efle Noir ultra rapide. Dommage.

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade
Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

J'aurais bien aimé découvrir tous les décors de Tower of Doom. Entre les caves d'un château débouchant sur les remparts (et sur cette saleté de panthère), des grottes infestées de squelettes, un bateau à la dérive, un marais plein de brouillard odorant… on voit du pays ! Sans parler des passages secrets. J'en avais trouvé un tout seul, un rocher de couleur un tout petit peu différent du reste de la caverne, que l'on pouvait pousser pour ouvrir une galerie pleine à craquer de loot ! Ça devait vraiment valoir le coup de se retrouver à quatre en co-op là-dedans. Parlons encore un peu du loot, tiens. On passe presque plus de temps à ramasser les choses qui traînent par terre qu'à se battre. Les ennemis laissent des pièces en mourant, les coffres renferment joyaux, armes, anneaux magiques, potions et flèches. Certains items améliorent les dégâts, permettent de marcher plus vite, ou nous rendent résistant au feu (encore comme dans Warriors chose, décidément).

Je n'en avais jamais assez, de ce loot. Je ne pouvais pas laisser traîner la moindre piécette de bronze par terre, quitte à me prendre un coup de tatane de Troglodyte derrière l'oreille. Je devenais encore plus dingue quand j'ouvrais des malles débordant de gemmes et de couronnes en or massif ! De quoi dévaliser le shop au niveau suivant ! Oui parce qu’un marchand apparaît de nulle part dès qu'on termine un stage. Dans une ville qu'on vient de pacifier, je peux comprendre. Au milieu d'un désert maudit, je capte moins. Surtout avec leur gentille tête un peu niaise et leur boutique toute en pierre brute impossible à bouger d'un millimètre. Je sais, on s'en fout de ce genre d'incohérences tant que ça facilite la vie au joueur. Quitte à faire ça, ils auraient pu vendre autre chose que les mêmes articles du début à la fin, les marchands, non ? Des flèches, des dagues, des potions et des huiles ! Ils se fournissent tous chez le même grossiste ou quoi ? Je n'achetais pratiquement rien à part les fioles de guérison, d'ailleurs. J'aurais peut-être dû diversifier mon panier.

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade
Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

Autre petite feature pointant le bout de son nez entre deux victoires : le gain d'expérience ! Cette mécanique propre aux RPG ne vole pas haut, je crois même que ça ne file qu'un petit boost en points de vie. Pas de choix dans les stats à améliorer, pas de skills à faire progresser. Et puis, pourquoi on démarre déjà niveau sept ? À part nous perturber, ou montrer de manière étrange qu'on incarne quelqu'un qui a déjà bourlingué, je ne vois pas. Il aurait suffi d'un message “Voici un héros qui a déjà bourlingué ”,  et le mettre niveau 1, ça aurait fonctionné comme dans n'importe quel autre jeu. Vous veniez de sortir Breath of Fire, pourtant ! Vous savez comment ça marche, la progression d’un perso. Je le sais, j’ai joué dix minutes à Breath of Fire III. Allez, pas grave, je chipote pour épaissir le paragraphe avec du vent. Rien de tout ça ne m'empêchait de prendre un pied pas possible à fracasser du monstre, avec leurs cris affreusement drôles, là. Il faut les entendre pour le croire, ça me rappellerait presque ceux d’Heroes of Might and Magic II.

Un bon son brut pour les battants

La musique se situe dans la plus pure veine médiévale-fantastique, qui fait ce qu’on attend d’elle. Illustrer la détresse de villageois terrifiés et fuyant loin de leur foyer, tandis que l'on marche seul en sens inverse, la lame au clair. Par exemple. Ouais. Voilà. Pas plus d’infos, à part que trois personnes ont bossé dessus, dont un certain Hideki Okugawa, qui bossera plus tard sur le non moins incroyable Street Fighter III. Ça s'écoute bien, mais si j'ai gardé un souvenir impérissable de Tower of Doom dans son ensemble, je n'ai rien conservé de sa B.O. Je la trouve bien sans plus. Aucun morceau raté, aucun chef-d'œuvre non plus. Ça aurait dû me marquer malgré tout, j'ai adulé des compos bien pires que ça. Et à onze ans, je possédais encore cette capacité d'adorer tous les détails les plus médiocres d'un jeu vidéo, pour les transformer en nostalgie de zinzin ressurgissant vingt ans plus tard. Peut-être que le combo borne d'arcade et bar de camping m'a empêché d'apprécier l'O.S.T. à sa juste valeur. Tout le charme sonore de l'ère 16-bits s'y trouve, pourtant, plutôt lorgnant vers la SNES que la MD, mais ça reste très cool malgré tout. Si ça se trouve, le tenancier passait des compiles spéciales soirées dansantes en claquettes, et je n'ai rien entendu des mélodies épiques du jeu. Ne restaient alors que les cris des Kobolds massacrés par dizaines, eux je m'en rappelle parfaitement. Un bon point tout de même, le nombre de titres disponibles, une trentaine environ. Chaque boss ou presque, chaque zone, chaque phase de dialogue et session de bagarre dans chaque décor, possède son thème. Oui d’accord, du coup ils durent tous moins de deux minutes, et souvent pas plus d’une minute trente. Ça reste toujours mieux que Gauntlet II ou Fire Force et leur unique intro.

D&D Tower of Doom (Arcade) - Forest, Cave
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Amour éphémère, mais amour éternel quand même

Pfouuuuuu ! Si j'avais eu une mère et un beau-père à l'écoute de mes envies, j'aurais demandé à retourner dans le même camping l'été suivant, rien que pour me farcir Tower of Doom, pour de bon cette fois. Évidemment je n'ai pas parlé pour exprimer mon souhait, comme le stipulait le règlement implicite de notre cellule familiale, dès qu’un truc nous chagrinait dans la vie. Il se trouve qu'en 1997, on a débarqué dans un VVF tellement cool qu'on y est restés jusqu'en 2002 (seulement l'été, hein). Et encore, on aurait continué si je n'avais pas fait autant de conneries là-bas, au point que ma famille s’en retrouve blacklistée. Désolé, l’adolescence, les hormones, tout ça… Aucun regret, cela dit. En plus, c’est là-bas que j’ai rencontré Tony Pringles, avec qui j’ai passé un week-end de folie plus tard, à jouer à Blood, Destruction Derby II, Mario Kart 64 et Mario Party. Autre chose que je ne savais pas, quand j'ai découvert Tower of Doom, sa suite Shadow Over Mystara existait déjà. Et nom d'un pot au feu de manticore, le kiff que j'aurais pris si cette borne là avait pris la place de l'autre dans ce fameux bar de camping de je sais plus où.

Tower of Doom, Dungeon & Dragons, Capcom, Arcade

J'ai adoré ces instants de gaming estivaux, qui jusque-là se résumaient à des sessions de Tetris sur Game Boy, ou Columns sur Game Gear. Sur cette unique année 96, j'avais vécu une expérience vidéoludique bien plus puissante, du moins avant que la nostalgie ne vienne mettre le bazar dans tout ça. Aussi, j'ai cette impression d'avoir très peu vu mes parents durant ce séjour, ce qui doit renforcer mon sentiment de vacances réussies. On n'a participé à aucune activité ensemble ou presque. Ils pionçaient dans le camping-car, ma grande sœur Elena et moi dans une tente. On mangeait à peine en même temps, et on faisait nos vies chacun de notre côté pendant la journée. L'absence de Tower of Doom n'aurait pas changé drastiquement la donne, mais je préfère me persuader que si. Merci à cette superbe borne d'arcade de m'avoir rendu asocial, et de m'avoir ainsi éloigné de mes parents dysfonctionnels le temps d'une semaine. J'ai grandement apprécié.

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