Star General
Jeu Trop Marrant #8

Type de jeu
Tentative de conquête spatiale devenue spectacle humoristique malgré elle. Ou malgré nous, on ne saura jamais.
Date de sortie sur nos machines
Décembre 1996, en même temps que Master of Orion II, ça a dû faire très mal. Et pas mal à Master of Orion II, hein.
Développeur
Catware Inc, eeeet ouais, sans surprise ils n’existent plus.
éDITEUR
Mindscape Inc. et Strategic Simulations Inc. Ils ont eu besoin d’être deux pour éditer le jeu ? Bah ils ont disparu aussi, tiens.
Mon meilleur pote Randall Geyser possédait au moins autant de jeux que moi sur son ordi. Au-delà des valeurs sûres comme Duke Nukem 3D, Diablo et Blood, il lui arrivait de dénicher des trucs plus obscurs, comme Big Red Racing ou Star General. Je ne sais pas trop par quel moyen, mais on se débrouillait toujours pour rendre hilarant chacun d’entre eux. Autant pour Big Red Racing, on n'a pas eu à chercher bien loin, autant pour Star General, l'aspect bidonnade ne sautait pas aux yeux. Et pourtant, je n'ai fait pratiquement que me marrer quand Randall y jouait.Grâce à mon expérience sur Master of Orion II, ou plutôt à cause de ça, j’ai aussitôt méprisé Star General, ce qui a forcément joué pour beaucoup dans le fait que de le trouver très amusant. Mais il y avait autre chose ; comme une impression de programme bricolé, nimbé d’une ambiance loufoque qui ne quittait jamais nos parties, un peu comme dans Heroes of Might and Magic II, mais en encore moins assumé par les développeurs. En tout cas je suppose, et je me garderai bien de leur en parler directement. Quand j'ai relu quelques critiques bien des années plus tard, j'ai cru comprendre que seuls Randall et moi avions perçu la facette rigolote de Star General.
Rigoler de tout, tout seul

Ou plutôt, cette facette n’existait que dans nos têtes. J'ai aussi remarqué que j'avais peut-être raté tout ce qui rendait ce titre réellement intéressant. Du coup je vais replonger un peu dedans, et rien que d'y penser, je sais déjà que je vais crever de rire pour rien.
Pagaille Générale

Il paraît que Star General se base sur une série de livres de Science Fiction. OK, je ne développe pas, je risque fort de m’empêtrer dans un sujet que je maîtrise encore moins que d'habitude. Ce jeu fait également partie d'une série nommée “5-Star” General, mais le mot Star ne signifiant pas la même chose pour le groupe de jeux que pour le titre Star General. J'ai très mal expliqué, mais je ne ferai pas mieux. En gros, de 1994 à 1997, sont sortis cinq titres de stratégie au tour par tour utilisant le même moteur de jeu : Panzer General d'abord, qui nous propose de revivre la seconde guerre mondiale du côté des… euh… attendez. Ah bah oui du côté des Nazis. Purée, fallait oser ! Quoique, ça serait sorti aujourd’hui, ça ferait un carnage. S'enchaînent le même thème mais du point de vue des Alliés, une virée dans la fantasy, puis dans l'espace (celui dont on va parler), pour enfin revenir à la WWII, mais avec les Américains contre les Japonais. Apparemment, c'est le jeu des méchants Allemands qui a le mieux marché, bénéficiant de suites et spin-offs.
Bah dis donc… des visionnaires sur la droitisation du monde, chez Catware Inc. Bon, avec de solides bases incluant des bouquins pour le lore et un moteur bien rodé pour la performance, Star General devrait envoyer du steak de quasar, nan ? Eeeeeeh ça m'a l'air un peu plus compliqué que ça. Je sais que Randall a passé pas mal d'heures dessus, donc ça devait quand même proposer quelques features sympathiques. Chez les gens qui ont pris la peine d'écrire leur avis sur le sujet, on trouve autant d'adorateurs que de haters, ainsi que tout le spectre de ressentis moins tranchés dans un sens ou dans l'autre. Certains mettent en avant le gameplay de bagarre à deux niveaux : un sur les planètes, et un autre dans l'espace, la présence de sept races jouables et leurs petites subtilités les unes par rapport aux autres, une prise en main rapide et de l'action soutenue... Les autres, qui ont sans doute connu un 4X spatial plus profond, comme Master of Orion II au hasard, se plaignent des mécaniques simplistes et de l'équilibrage un peu mal fichu.


Je crois qu'on penchait plutôt vers la catégorie des blasés, tout en appréciant de bâtir d'immenses flottes de vaisseaux en même temps que de gargantuesques armées de tanks. Parce que quand même, autant j'adorais chouchouter mes empires placides dans Civilization II ou Anno, autant dans Star General, je voulais tout déglinguer. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais ça doit avoir un lien avec les mécaniques simplistes. Gros blasé, va. Je vois pas mal de messages vantant les supeeeeerbes vaisseaux en 3D. À commencer par les créateurs eux-mêmes qui l'ont écrit au dos de leur boîte. Mais euh, OK ils existent bien ces croiseurs en polygones, mais seulement sur des fenêtres séparées des zones de jeu, un peu comme des pages dédiées avec portraits et tout. Sur le champ de bataille, bah non, on nous sert de petits sprites en 2D assez dégueulasses, pas tous pris du même point de vue, ni de la même perspective, ce qui fait qu'on n'y comprend rien. Sérieux !
Eh ! En vrai, qui saurait identifier tel modèle de navette de telle nation sans aller vérifier dans le lexique en ayant joué moins de trois cents heures ? PER-SONNE ! Exactement. Il y en a un gros paquet, des ces unités, en plus. Quand on ajoute aux vaisseaux les trucs qui se battent sur les planètes, on frise la centaine de types de versions de variantes de troupes différentes. Alors peut-être que Randall en connaissait cinq ou six de mémoire, mais moi, fort de mes quatre ou cinq heures de jeu, je n'en connaissais qu'une. Et je dévoile ici la raison pour laquelle on trouvait Star General à se luxer les épaules de rire. On appelait cette frégate interstellaire le peigne-cul. Parce que des sortes de branches pointues se déployaient sous sa carlingue. Et voilà, rien d'autre. Juste le peigne-cul. On avait douze ou treize ans, et aujourd'hui, j'estime que ça fait déjà vachement vieux pour se bidonner pendant des semaines sur ce simple terme associé à une simple image de destroyer spatial ressemblant à un cloporte.


Mais bon, j'ai passé de bons moments alors… Allez, je veux bien admettre que lors des phases spatiales, parfois, dans certains endroits, ça pouvait dégager un certain charme. Il faut aimer les photos de galaxies et de nébuleuses collées à l'arrache sur un fond étoilé en 32x32, mais ça peut donner un petit sentiment d'immensité. Forcément, quand un peigne-cul passe à côté de la supernova et paraît presque aussi grand, la magie disparaît. Sur les planètes, les bases que l'on construit m'ont rappelé avec plaisir l'ambiance étouffante de M.A.X., sans pour autant lui arriver à la cheville. Les graphismes évoquent plutôt Dune II, en fait. Pour un jeu de toute fin 1996, je ne peux pas dire que ce soit un compliment. Ça manque de diversité dans les paysages, et les textures font vraiment la tronche. Je ne dis pas que ça doit rendre aussi bien qu'une carte ultra soignée d’Heroes of Might and Magic III, bichonnée jusqu'au moindre bout de caillou par un passionné ayant beaucoup trop de temps libre, mais oh ! Un petit effort, nan ?
Bond Saxo-temporel
La bande-son maintenant. Euh, la bande-son ? Laquelle ? Il y en a une ? Je ne me souviens de rien. Ah bah si elle existe. Vingt-trois morceaux pour un album d’une durée totale de trente-deux minutes. Je vous laisse imaginer le peu de temps dont on dispose pour s’attacher à telle ou telle compo. Star General, ça fait bien partie de la stratégie au tour par tour dans un setting a tendance vide intersidéral, non ? Bizarre de ne pas accompagner ça avec des machins contemplatifs de presque un quart d’heure chacun. Enfin écoutons toujours, peut-être que même en une minute quinze, on peut arriver à pondre quelque chose de contemplaaaaHEEH ! Pardon mais, quid du délire avec le saxo spectral qui semble appeler à l’aide avant de se faire absorber par un trou noir ? On l'entend partout ! Tout le temps ! Ça semble même faire office d'axe central autour duquel les compositeurs ont tourné. Tourné en rond, même. En orbite, haha. Comme un peigne-cul qui attendrait nos ordres et… AHAHAH PEIGNE-CUL ! TROP MARRANT ! En fait, chacun d’entre eux ressemble à un remix de l’autre, plus ou moins arrangé de nappes de synthé, plus ou moins accompagné de rythmiques. Là je me dis, impossible que ça se joue penant les phases de jeu, ça défoncerait totalement l’immersion. Et bah SI ! L’O.S.T. défile sans transition entre le menu principal et les parties que l’on lance. Les morceaux s’enchaînent sans relâche, indifférents à ce qu’il se passe à l’écran, imperméables à nos émotions torturées. Difficile de considérer ça comme des catalyseurs d’ambiance. J’aurais plutôt entendu ce genre de musique dans un RTS, enfin je ne sais même pas. Je ne sais plus rien, ça m’a grillé les synapses, zute ! À tout moment, je m’attends à entendre Phil Collins s’égosiller en sortant la tête du cockpit d'un croiseur, ou voir des gens qui se choper langoureusement devant une cheminée ronflante. Mais deux minutes plus tard, on jurerait entendre des samples tirés du 5ème Élément, et même d’un vieux morceau de the Prodigy, à un moment. Des énergumènes nommés Rick Rhodes et Danny Pelfrey portent la lourde responsabilité de ces créations. Ce dernier étant également crédité en tant que “Sax Solo”. Hahaha ! Magnifique. J’imagine qu’à force d'entendre cette soundtrack, on doit basculer dans un genre d’état second qui fait qu’on ne peut plus s’en passer. Je ne prendrai pas le risque, merci. D'ailleurs, je me dépêche de m'en aller, parce que je commence presque à apprécier. Surtout la dix-neuvième version du même thème, avec ses percussions lancinantes, là. Il me donnerait envie d'appeler ça du trip-hop. Non mais oh !
Retard Général
Même si j'ai beaucoup plus rigolé sur le mot peigne-cul que je n'oserai jamais l'admettre, j'ai heureusement fini par me lasser. Randall aussi, bien qu'il ait dû terminer plusieurs parties. La faute à un gameplay trop linéaire, peut-être ? La boucle production de ressources, construction de vaisseaux, éclatage d'ennemis, colonisation de planète, nous faisait tourner en bourrique. Ah y avait de la diplomatie ? Ah bon. Nos troupes gagnent de l'expérience ? Hein ? On disposait de recherches technologiques ? Oulà, j'ai zappé pas mal de features, on dirait. La faute aux peigne-culs, évidemment. Pourtant, j'adorais Strategic Simulations Inc., c'est peut-être ce qui m'a poussé à m'intéresser à Star General plus que de raison, d'ailleurs. Même si j'en ai tout oublié, certes.

Oui d'accord, je ne connaissais que War Wind de chez eux, mais ça m'a suffi pour que des papillons volettent dans mon ventre chaque fois que je voyais les lettres du logo s'afficher au lancement des jeux. Sauf que pas de chance ; on a fini emporté par les torrents de hype générés par des titres comme Age of Empires ou Dungeon Keeper, entre autres. Des dingueries au concept bien plus profond, et aux mécaniques vachement mieux fignolées. Difficile de comparer du temps réel avec du tour par tour, mais je le fais quand même. Et en plus, dans ces jeux-là aussi on se marrait sans discontinuer, et sur beaucoup plus de choses qu’une seule unité au surnom débile. Désolé Star General, tu méritais peut-être mieux qu’être ramené au seul terme de peigne-cul. Mais purée, ça nous a tellement fait rire… Hein ? Des projets utiles réalisés dans ma vie ? Comment ça ? Je partais mal vu mon comportement d’arriéré durant la pré-adolescence ? Oulà, désolé je passe près d’un pulsar, j’entends plus rien !
