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Budokan : the Martial Spirit

Jeu Trop Marrant #6

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, cover

Type de jeu

Pas vraiment un jeu, mais plutôt un programme qui tente par tous les moyens de nous dissuader d’aimer les arts martiaux.

Date de sortie sur nos machines

Décembre 1990, la Mega Drive toute jeune en Europe, et déjà corrompue par cet affreux jeu vidéo.

Développeur

Electronic Arts, Inc. qui cherchaient à se saborder eux-mêmes, sans doute pour ne pas grossir trop vite.

éDITEUR

Electronic Arts, Inc. et ses mystérieuses cartouches à petit coin jaune qui ont mené à mainte et maintes de théories du complot.

Budokan : disponible nulle part, même sur le site d'EA qui a préféré l'oublier.

Au début de mes années collège, le PC et la PlayStation avaient envahi les foyers depuis un bon moment. La Nintendo 64 aussi d'ailleurs, même si dans mon entourage, seul mon cousin Walter Valise en avait une, ainsi qu’un ou deux copains chez qui j’y ai joué deux fois maximum. La Saturn ? Jamais vue en vrai chez personne. Tout ça pour dire que les gosses fans de jeux vidéo, à savoir 98% de la population d’enfants autour de chez moi, déjà rendus fous de joie par la génération 16-bits, avaient encore franchi un cap dans l'euphorie. Si avec mon meilleur pote Randall Geyser, on a plongé la tête la première dans des tueries révolutionnaires comme Heroes of Might and Magic II ou Soul Blade, on a aussi vécu une sorte de revival de la Mega Drive. On devait se trouver aux alentours de la mi-1997. La console dormait dans un placard depuis environ deux ans, donc oui, un gros revival du point de vue de préados qui voient les jeux vidéo évoluer plus vite que leurs hormones. On s'est bien marrés sur Ghouls’n Ghosts comme à la grande époque du CE1, toujours sans pouvoir le terminer, cependant. Mais pour cette plongée dans le passé, j'ai récupéré chez mes voisins Nelson et Mortimer Paprika quelques cartouches qu'ils ne m'avaient pas encore prêtées.

Retrogaming avant l'heure

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, menu

Parmi eux, Mortal Kombat, qui nous a torturé le bide de rire. Dans la pile se trouvait aussi un truc plus obscur, et mille fois plus hilarant, ce qui relève de l’exploit miraculeux. Le truc obscur lui-même ne savait pas qu’il était mille fois plus hilarant que Mortal Kombat.

Lézard Martiaux

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, fighter

Déjà, il y a ce nom qui nous incite à prendre le jeu au sérieux : Budokan : The Martial Spirit. Ça claque, hein ! Sur la jaquette, un samouraï qui ressemblait à un G.I. Joe qu'on possédait tous les deux, Randall et moi (Bushido pour les connaisseurs). Une moustache et un visage écrasé en plus, mais pas grave. Ça claque aussi en vrai. Et puis la cartouche avait ce style propre à Electronic Arts, plus grande que les classiques, et affublée d’un petit cube jaune sur le côté. EA, pour moi ça rimait encore avec merveilles de malade, l’entreprise ayant délivré des perles de divertissement intemporel comme Populous, Jungle Strike, John Madden Football, James Pond, Syndicate ou encore Theme Park… autant de jeux que j’ai adorés à des degrés divers. Évidemment qu'on allait tester Budokan ! Plutôt en confiance, donc, j’ai allumé la console ce jour-là et euh… comment on dit qu'on a déchanté, mais en mille fois plus vulgaire ?

Ça commençait bien, pourtant ! Un maître en arts martiaux, qui se baladait sans raison en pleine nuit dans une ruelle mal famée, recrute un gars en le voyant se battre contre des loubards. Et il décide ni plus ni moins d’en faire un champion du monde de nobles disciplines du combat. Parce que personne n'avait rien d'autre à faire de sa vie sur le moment, j'imagine. Et parce que ce genre de pitch n’a même pas à rougir face à ces scénarios de films de fight de la même époque. De toute façon, on ne comprenait rien à l’anglais, et il n'y avait pas assez d'images pour nous expliquer autrement. Alors que l’histoire soit cool ou pas, on n'en a jamais rien su. Commence alors la partie, et notre petit avatar se retrouve catapulté dans un décor tenant sur un seul écran, représentant différents dojos dans lesquels on s’entraîne aux quatre arts martiaux représentées dans le jeu (Kendo, Nunchaku, Karaté et je sais plus quoi d’autre).

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, dojo
Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, tournament

Dire que les graphismes ont mal vieilli relève du plus gros euphémisme de l'histoire vidéoludique, mais j’avais déjà subi des choses assez atroces sur cette console, donc j’ai supporté. Alors on entre dans une pièce pour faire face à un adversaire, et un duel se lance. Cool ! Bon, on galère à faire bouger le perso et à donner des coups, mais ça doit venir de notre manque de pratique. On s'attendait à prendre le truc en main et s'amuser en deux secondes comme dans International Karaté +, mais ça n'a pas l'air d'être le même délire. Au bout d’une heure à persévérer, on se rend d’ailleurs à l’évidence. Il y a un gros problème de réactivité là-dedans. Durant l’âge d’or des machines 16-bits, on pouvait capter les mécaniques et la physique d'un jeu en trois coups de manette. Dans Budokan, peu importe le temps passé dessus, rien à faire. Le personnage répond trop tard, voire pas du tout, et effectue des moves qu’on n’a pas demandés.

D’accord, on n’a pas lu la notice, on n’a rien écouté de ce que nous dit le prof de nunchaku, et on a juste appuyé sans réfléchir sur tous les boutons. Eh, dans n’importe quel autre jeu, quand on fait ça, bah ça produit au moins un froncement de sourcil et un frémissement de narine de notre avatar ! Nan mais il faut le voir pour le croire ! On tente de diriger une espèce de cyborg débile programmé pour faire l'inverse des ordres reçus, j'ai vraiment eu cette impression. Apparemment, le gameplay se voudrait réaliste, proche de ce qui pourrait se passer lors de vraies confrontations dans la vraie vie. Eeeeeeh, d'accord ! Mais on s'amuse quand ? Un petit tour du côté des critiques écrites par d’autres personnes m’a appris plus tard que le souci ne venait pas de nous. Bonne nouvelle pour notre santé mentale. Pour le jeu, un peu moins.

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, practice

Mawashi dans tes oreilles

D’accord, graphismes les plus nuls du monde, contrôles les plus mal foutus de l’univers. Il y a bien un petit quelque chose à se mettre sous la dent, non ? Que dalle ! On n'a rien d'autre à faire que participer au championnat, taper dix adversaires et voilà. Ou s'entraîner avant d'aller au championnat. Ouh lou louuuu ! On s’emmerde ferme ! Notre maître l’annonce d’ailleurs durant l’intro, en disant que s’entraîner, ça peut paraître chiant, mais il faut dépasser ce stade, ou je sais pas quoi. Alors Budokan serait un genre de délire thérapeutique pensé pour transcender notre côté consumériste ? On a douze ans wesh, on veut du fun facile, intense et continu dans nos veines, dès qu’on allume une console, OK ? Comment ça, on n'a pas le droit au fun dans Budokan ? Purée, le jeu lui-même ne croit pas à son propre potentiel d'entertainment. Enchaîner les sessions de pratique pour peaufiner des techniques impossibles à caser lors des fights officiels (et même lors des entraînements d'ailleurs), quel intérêt au final ? Notre avatar censé se battre comme un ouf, vu qu'il a éclaté une bande de cassos du GUD (qui existait encore en 1990, hein), réagit comme un bout de parpaing écrasé sous un porte-container au fond de l’océan. Imaginez deux parpaings en mode versus, du coup : encore plus indigeste, ou désopilant de rire, au choix. Pour un projet qui se veut simulation d’arts martiaux, ça la fout mal. Avec Randall, on a de plus en plus penché vers la seconde option, à savoir ricaner un peu, puis franchement se marrer, avant de chialer de rire devant les situations ahurissantes que ce gameplay miséreux permettait. Les cris pathétiques des combattants, leurs grognements difficilement contenus lorsqu'ils encaissent un coup qui a mis onze minutes vingt-huit secondes à partir, ouais ça devient hilarant une fois un certain stade de désespoir atteint. Quand on arrête de prendre Budokan au sérieux, il devient tout de suite beaucoup plus facile à apprécier, à tel point qu'on a fini par s'y attacher, sans aller jusqu'à prendre du plaisir en y jouant, faut pas déconner. Mais je ne devais pas parler de musique, moi ? Oui bah là non plus, ça ne fonctionne pas, hein. Si on se basait uniquement sur cette O.S.T., on pourrait croire que la Mega Drive ne peut produire que des sons grinçants, douloureux et exaspérants. Alors que non, hein. Un petit effort, Rob Hubbard. Je sais que tu avais déjà composé la musique d’intro de Populous dans le même style, maintenant il faut passer à autre chose.

Budokan : the Martial Spirit (Mega Drive) - Intro
00:00 / 01:20

Arts martiens

Le jeu a reçu de plutôt bonnes notes à sa sortie, ce qui m’étonne à fond. Gen4 lui a même collé un 94%, mais ça sort d’où ? Comprends pas. Même en 1990, comprends vraiment pas. Surtout venant des magazines, où tester un jeu dix minutes suffisait à pondre un article dessus. Impossible à faire avec Budokan et sa prise en main éclatée sous le bus. Bref, j’ai rendu la cartouche à mes voisins assez vite, pour une fois. Vraiment, j’ai détesté ce jeu, même étant gamin, malgré mes tendances plutôt très très bon public. Pourtant, j’en ai testé des trucs nazes, mais là, ça détrône tout. Je sais que certains joueurs ont apprécié la vibe de gens normaux qui s'affrontent en respectant la physique et la gravité. Mais là, on dirait juste qu'on se tape en portant des poids de cent kilos, sur une planète qui nous met 10G dans la tronche, et sans la possibilité d’activer le Kaioken en pleine partie, comme dans Budokai 3. À une lettre près, on passe d’horrible purge à jeu de fight méga stylé, tiens. D'autres ont pu apprécier l'ambiance, l'espèce de sérénité qui se dégageait des dojos, les décors placides qu’on aperçoit à travers les fenêtres ouvertes, la volonté d’authenticité des tatamis et des fines parois que tu vaporises en éternuant.

Budokan : the Martial Spirit, Electronic Arts, Mega Drive, gif

Et oui, j'avoue que ça aurait pu fonctionner sur moi aussi, en ayant testé Budokan à six ou sept ans. Il y a quand même un petit potentiel bien planqué sous les couches de médiocrité. Trop planqué malheureusement, et découvrir ça après Street Fighter II, ou même Rise of the Robots, bah non. Pas possible. Le jeu a également vu le jour sur ordi. Peut-être qu’il est moins cabossé dans cette version, peut-être pas, je n’irai pas vérifier. Eurke ! Ouste ! Pschitte ! Quitte à se lancer dans une expérience dans laquelle on profite de ne rien faire, bah Populous paraît bien plus judicieux. Et si on veut rester dans les arts martiaux, IK+, voilà. Allez, cheh les décisionnaires d'EA. Vous avez de bien plus grosses galères à gérer aujourd'hui. Et vous les avez bien cherchées.

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