Mystic Defender
Jeu hyper Flippant #7

Type de jeu
Un titre qui aurait bien pu bénéficier d’une limite d’âge. Ou pas, on laissait les gosses ingurgiter ce qu’ils voulaient, à l’époque. Et c’était OK ? Aucune idée.
Date de sortie sur nos machines
1990 pour la version PAL, sans plus d’info (tout le monde s’en fout de l’Europe, c’est ouf). Du coup entre septembre et décembre, dirons-nous.
Développeur
SEGA Enterprises Ltd. Les meilleurs porteurs de leurs propres jeux d’arcade, évidemment.
éditeur
SEGA Enterprises Ltd. Les meilleurs éditeurs de leurs propres jeux, bien sûr.
Mystic Defender : disponible nulle part ! Bah alors, pas d'amateurs de body-horror, d'enfants-démons et de femme torturée, chez les ayants droits ?
Ce titre fait partie des premiers à avoir garni ma ludothèque Mega Drive, ludothèque qui appartenait encore à mon beau-père, à l'époque où il s'achetait des cartouches pour lui tout seul. Super Monaco GP, Ghouls'n Ghosts et… euh, bah Mystic Defender ont ainsi atterri entre mes mains sans que je n'aie rien à demander, mais sans avoir le droit d'y redire quoi que ce soit non plus, faut pas déconner. Quelques mois après son acquisition et une jolie mise en scène à Noël 1990, il nous a simplement abandonné la console, à ma grande sœur Elena Vestibule et moi, sans doute déjà lassé par son nouveau jouet. Pourquoi avait-il jeté son dévolu sur cette jaquette affichant un sosie de Benny Safdie prêt à lancer un Kamehameha ? Aucune idée. Je n’ai d'ailleurs aucun souvenir de lui en train d'y jouer ; ni mon beau-père, ni Benny Safdie qui n'avait alors que quatre ans, et qui n'habitait pas du tout au Havre. Ça lui aurait fait sacrément bizarre de se voir lui-même dans quinze ans, sur une jaquette de jeu vidéo. J’aurais bien aimé que ça m’arrive, je pense. Peut-on dire que ça m’est arrivé pour de vrai ?
Quand les jeux tombaient du ciel

Malheureusement avec la boîte de James Pond 2, ou celle de Zoom, si je veux rester cohérent. Bon, qu'est-ce que je raconte ? Merci pour la cartouche surprise, beau-papa. J'y ai joué pour deux, à ce Mystic Defender, vu que tu n’as jamais voulu qu’on vive le moindre moment de complicité ensemble. Et j'ai flippé pour trois, aussi.
De la saleté en veux-tu en voilà

Il paraît qu'un jeu Master System racontait déjà le début de l'histoire, et que tout part d'un manga. D'accord, je veux bien le croire. En même temps, ça aurait pu sortir de nulle part, vu que Mystic Defender suit le schéma ultra classique du guerrier au cœur pur qui doit sauver sa meuf, actuelle ou future, peu importe. Je me demande bien quel scénario développait le jeu précédent pour qu'on en arrive là sur Mega Drive. Un vol de goûter à la récré qui a mal tourné, ou un litige lors d’un lancer de cartes Dragon Ball, peut-être. Bon, je dis que j'y ai joué pour deux, mais en vrai, je n'ai quasiment jamais dépassé le troisième stage. J’ai vu le quatrième une ou deux fois cependant, ceci grâce à mes voisins Nelson et Mortimer Paprika, qui allaient toujours plus loin que moi dans n'importe quel jeu vidéo. Je leur avais prêté celui-là, en remerciement de m’avoir laissé Toejam & Earl et Moonwalker pendant quelques semaines chez moi. Mystic Defender, je retentais toujours une fois de temps en temps, pour une trentaine d'essais au total. Je dis ça, mais COMPLÈTEMENT au pif, même si j'ai l'impression d'avoir eu du mal à le lâcher.
On incarne donc un genre de moine augmenté qui combat des démons à l'aide de divers pouvoirs, dans le plus pur style action plateforme ; un peu comme dans Shinobi, mais en défonçant tout le monde à distance. Une variante de Run and Gun avec de la magie à la place des flingues, malgré un protagoniste qui n'a pas l'air si pressé que ça. Trot and Cast conviendrait mieux du coup. Tout ça transposé dans des niveaux assez verticaux, dans le genre ressemblant à de gros rectangles plutôt qu'à des longues bandes, en dézoomant au maximum. Et les aptitudes ? Un petit kikoha basique que l’on peut charger pour en faire une sorte de triple Kamehameha (au moins l'image de la boîte ne faisait pas de publicité mensongère comme dans Bomber Raid), une colonne de flammes qui que l’on peut déplacer à volonté de haut en bas pendant quelques secondes, des projectiles qui rebondissent partout, et enfin un gros dragon à trois têtes qui flingue tout l’écran avec son affreux crissement.


Huuuh, dans mon top 10 des pires sons produits par la console, celui-là. Le sortilège ultime de Tyris Flare dans Golden Axe reste plus classe pour moi, déso. J'ai lu çà et là que le manga se rapprochait d’un Ken le Survivant en termes de violence. Certes, ça ne déconne pas dans Mystic Defender, mais ça reste soft dans la brutalité par rapport à d'autres titres bien plus abusés, comme Robocop vs. Terminator par exemple. Les ennemis disparaissent pour la plupart dans une petite sphère explosive, sans lâcher un globule rouge ni rien. Par contre, ça se démarque laaaaargement de la concurrence au niveau de la D.A. ultra glauque, et de l'atmosphère délétère à souhait qui s'en dégage. Gamin, je trouvais ça cool, mais j'avais quand même pas mal peur. Je ne connaissais pas encore Berserk, mais j'y retrouve quelques similitudes parfois, dans l'imagination crasseuse des créateurs. OK, le niveau 1, une forêt… ça démarre tranquille, quoique. Forêt avec démons dedans, donc on reste prudent, hein.
Mais dans le niveau 2, celui qui m'a le plus dérangé (et que j'ai j'ai plus aimé, ce qui devient très bizarre en l'écrivant), on affronte quand même des ninjas capables de se changer en grosses têtes rebondissantes, ou bien des flaques s'écoulant de trous dans le mur qui se muent en enfants maléfiques. Le tout fait de chair verte et violette. Et quand on tape une fois ces enfants, ils se liquéfient à nouveau et gigotent au sol, tels d'affreuses limaces morveuses et torturées. Ouah ! On a effectivement le droit de taper sur ceux-là, mais à ne pas reproduire sur de vrais chiards, d’accord ? Le boss va-t-il encore plus loin ? Oui oui ! Un groupe de cultistes qui, une fois vaincus et allongés sans vie par terre, s'éclipsent de l'écran en se faisant pousser des pattes d'araignée. Les graphistes venaient de mater The Thing, j'imagine. Et dire que ma mère m'interdisait justement de regarder Ken le Survivant, hahahahah !


“Mais oui tu peux jouer à la console, mon garçon. Au moins elle ne risque pas de te traumatiser comme ces horribles dessins animés japonais. Elle te grillera le cerveau et te rendra sociopathe, par contre, mais jamais aussi bien que moi je le ferai. Hahahaha !” Ouais, hilarant. Euh… de quoi on parlait, déjà ? Le troisième niveau, je ne l'aimais pas. Les murs en bouts de machins organiques agglomérés… ça aurait pu fonctionner si quelqu’un n'avait pas tout recouvert de peinture argentée. Peut-être qu'à cause de ça, je n'ai jamais trop cherché à aller plus loin. Ou peut-être que j'étais juste trop mauvais, plus probablement. Et du coup, n'ayant pas vu plus loin que le stage 4, où je trouvais que les piliers flottant sur la lave ressemblaient à de délicieuses paupiettes de veau, j'ai manqué quoi, au juste ? Du point de vue des décors, pas grand-chose.
La seconde moitié du jeu déçoit pas mal sur ce coup-là, surtout le stage qui reprend exactement les mêmes templates que le niveau 3, mais avec de la peinture vert clair. Par contre, j'ai loupé quelques traumatismes supplémentaires via le bestiaire, de plus en plus malsain. Je ne parle pas du chevalier en armure tout droit sorti des croisades, dont le design n’a rien à fiche ici, mais le retour des cadavres araignées notamment, ou un buste installé sur plusieurs boules organiques de couleur brune (je vous laisse choisir le matériau exact de cet agglomérat). Mention spéciale au Boss final, sorte de colonne de chair informe sur lequel gémissent des visages plus ou moins humains. À son sommet ? La femme kidnappée du début, à poil bien sûr.


Aaaah mais voilà la raison pour laquelle mon beau-père a acheté ce jeu ! Une femme nue tourmentée par des monstres gluants et informes, tout ce qu’il aime, ce gros crasseux. Suite à des plaintes de parents, une version censurée sortie plus tard a remis quelques vêtements sur les parties intimes de la madame. Le vert et violet des gosses liquides en vert vient de là aussi, vu qu’auparavant ils arboraient une peau rose tout ce qu’il y a de plus humain. On devait donc éclater de vrais chérubins ? Très troublant. Les horribles aberrations gémissantes par contre, on les laisse comme ça ? Oui, pas de problème. Ah d’accord. Sur quelques sites où j'ai lu une poignée de critiques, on nous dit que cette femme n'est pas la meuf du héros, mais sa fille. Hein ? Oh misère, que ça devient encore plus malaisant !
Les sons du démon
Bien que n'ayant pas parcouru plus de 50% du jeu, j'ai apparemment écouté presque toute sa B.O. Franchement, les sonorités ne rendent pas hyper bien, le plus souvent. Ça sent le jeu de début de console, tout comme ça se sent au manque de détail des sprites, à commencer par le protagoniste lui-même. Pour le coup, impossible de le confondre avec Benny Safdie une fois l’aventure lancée. Oui, dans le contexte de 1990, ça passait sans trop de problème, blablabla. Histoire de me contredire moi-même, les mélodies m’embarquaient à fond. Surtout celles des deux premiers niveaux, qui enveloppent le périple dans tout ce qu'il faut de mystique et d'occulte. Le thème des boss traduit bien le côté alarmiste, aussi. Le reste… bof. Souvent surchargé (stage 3, décidément je le déteste lui), ou encore un peu trop brouillon. Même au début des nineties, j'avais un peu de mal avec certaines de ces compos. Et pourtant, j'arrivais à supporter des musiques immondes, comme par exemple celles de James Pond 2, pour ne citer que les plus agaçantes. Restent les deux que je n’ai jamais entendues. Si j’ai déjà oublié la première aussitôt après l’avoir écoutée sur YouTube, celle qui accompagne le niveau final possède quand même une certaine classe. Mais bon, je reste sur mon amour du stage 2, tout ça… D’ailleurs sa musique se nomme Scene 4, allez comprendre. Toutes mes excuses à Chikako Kamatani, rien de personnel, tout ça. J'irai écouter les O.S.T. de Fantasy Zone 2 et Alex Kidd in the Enchanted Castle pour la peine.
Satisfaisant de les expériences pour réaliser
Malgré tout ce que j'ai pu raconter, je reste satisfait de mon expérience sur Mystic Defender. J'en garde une espèce de trauma un peu agréable induit par le début du jeu, une inconscience des redondances et déceptions de la seconde moitié, tout en pouvant imaginer qu'un monde encore plus terrible m'attendait dans les stages que je n'avais pas découvert. On débloque tous les pouvoirs dès la fin du niveau 2, excepté le fameux dragon strident. Certes très classe et très bourrin, malgré son effet sonore atroce, mais à charges limitées. Le blob dégueu de la fin m'aurait refilé des cauchemars, sans rien proposer d’autre qui n'arrive à la cheville de l'ambiance nauséeuse du stage 2. D'ailleurs, c'est encore dans ce stage 2 qu'on nous propose une phase de jeu bien stylée, où on doit sauter en synchronisation avec le sort de feu activé, pour espérer atteindre une des dernières plateformes. Je ne crois pas avoir vu d'autres challenges dans le genre par la suite, où le level design sert directement le gameplay.

Donc ouais, j'aurais même pu m'arrêter à ce stage 2, finalement. La seule chose que je regrette, c'est de ne pas avoir pu lire le petit texte de conclusion, avec cinq fautes de grammaire par phrase dans la plus pure tradition des traductions foireuses du japonais. Si “All your base are belong to us” reste l’une des plus célèbres, que dire de :“Congratulations on your successfully completing this game. Many thanks for your having enabled Joe Yamato to save Alexandra.” Euh, oui, de rien, de rien du tout sur ma réussir de sauvetage et au détruit château ! En vrai, je ne comprenais pas un traître mot d'anglais, je n'aurais même pas pu en profiter. Allez, ça reste un bon titre de ma console chérie, avec une identité graphique très forte, tant que l'on supporte la réutilisation des décors finis à la peinture de kéké tuning, et les bébés liquides. Surtout les bébés liquides, mon dieu. Il mérite mieux qu’une indifférence quasi générale, le pauvre.
