Double Dragon
Jeu Trop Marrant #7

Type de jeu
L’un des plus vieux sauvetages de meuf en détresse de l’Histoire, qui se change en drama familial très malaisant
Date de sortie sur nos machines
1988, ou avril 1989, ou le 18 brumaire, ou le 37 laser-game 4166. On adore Internet et ses infos qui partent dans tous les sens.
Développeur
Technos Japan Corp., un grand nom du Beat’Em All, qui a un peu disparu en même temps que la hype de l’arcade.
éditeur
Melbourne House pour l'Atari ST, pas du tout Australien, et plus du tout existant aujourd’hui. La légende Taito pour l'arcade.
Double Dragon : disponible sur GOG, sur Steam, et sur le Nintendo Switch Online. Par contre, version arcade pour les deux premiers, et version NES pour le troisième. Pour la version Atari ST, on peut toujours se brosser. Je ne sais pas si c’est une si mauvaise nouvelle que ça, tout compte fait.
Impossible de savoir sur quelle machine j’ai vu ce jeu tourner pour la première fois, ni si j’ai bien vu le premier Double Dragon ou le second. Je devais avoir cinq ou six ans, et ça commence à devenir compliqué de mettre des références précises sur les souvenirs de cet âge-là. Je sais juste que cela a eu lieu chez l’un de mes plus vieux copains, Terrence Dobermann. Un gars dont je n’avais encore jamais parlé, et dont je ne me rappelle même plus de comment je l'ai rencontré. Au club de foot du coin, section poussins ? Possible. En tout cas, il me fascinait ce gars, notamment parce qu'il m’a montré quelques pépites sur son ordi (Amiga ou Atari, aucune idée) installé dans son arrière salle de jeu. Oui, Terrence avait sa chambre, une salle de jeu, et encore une petite pièce derrière, juste pour l’ordinateur. Mais si j’évoque Double Dragon avec certitude (et pas le 2), c’est aussi parce que j’y ai joué peu de temps après chez Randall Geyser, sur son Atari STE. La disquette avait déjà du vécu, j’imagine qu’elle appartenait à son grand-frère, peu importe. Ce fut sans doute le premier BTA auquel j’ai touché avec Golden Axe. On ne l’a jamais terminé, je le trouvais trop dur, mais on a vachement bien rigolé dessus !
Double Rencontre

Je crois qu’on y jouait encore de temps en temps lorsque l’Atari a laissé la place à un ordi doté de Windows 95 et tout ce qui va avec ; on n’a donc pas arrêté par choix, mais parce que le futur et les évolutions fulgurantes des nineties nous ont emportés, laissant les pauvres frangins Billy et Jimmy Lee sur le carreau. Désolé les gars, vous faites partie du passé, mais vous savez que je ne pourrais pas vous faire de meilleur compliment. Les méritez-vous seulement ? Je sais pas trop, tiens.
Ça pose les bases, et les poncifs

C'est l'histoire d'une meuf nommée Marian, enlevée par un gang de très méchants mectons, et du massacre en règle perpétré par son mec Billy pour aller la sauver. Jimmy le frère peut aussi se joindre à l'aventure pour filer un coup de main à Billy, même si par certains aspects, il vaudrait mieux qu'il reste chez lui (RDV au dernier paragraphe pour la fin de cette pensée). De lore supplémentaire, point l'on ne nous distille ici. Peut-être les Black Warriors (le nom des membres du gang, ça paraît évident mais bon) ont-ils une bonne raison d'en vouloir aux deux BG et à leur permanente plus jolie que la leur ? On pourra toujours discuter de la portée éthique et morale de s'en prendre aux femmes pour blesser les hommes, mais je crois que les développeurs n'ont pas prévu d'instaurer ce genre de débat. Les développeurs, ils ont prévu : mec de meuf kidnappée = gentils, mecs kidnappeurs de meuf de mec gentil = méchants. Ils ont prévu de faire passer ce mec gentil par des quartiers mal famés, une usine coup-gorge, un parc qui craint, et enfin le quartier général des malfrats.
Bien sûr, les gens de chez Technos ont prévu de quoi taper sur tous ces malfrats. Il paraît qu'on dispose d'un panel de coups plutôt étoffé pour l'époque. En 1987, il reste pas mal de trucs à inventer dans le monde de l'éclatage d'ennemis en scrolling horizontal. Double Dragon a bien participé à l'élaboration de mécaniques incontournables, d'ailleurs. Comme la possibilité de jouer à deux, d'effectuer des combos de coups, d'attraper et projeter ses opposants… sur l'Atari de Randall, je me souviens surtout qu'on appuyait tout le temps sur le même bouton et qu'on sautait comme des demeurés, en espérant faire tomber les ennemis autour de nous. Déjà à l'époque, on soupçonnait le gameplay moins bien calibré que celui de Golden Axe. Les animations erratiques et les hitbox déceptives nous ont causé un paquet de soucis. On a encaissé des Game Over ultra frustrants, juste parce qu'on jouait à une conversion un peu foireuse du grand titre en arcade.


Mais on y retournait toujours, surtout parce que ce jeu mal bricolé nous faisait hurler de rire. La façon dont nos avatars lançaient leur pied vers l'avant, comme s'ils voulaient s'auto-amputer, la satisfaction de voir les vols planés de nos adversaires après leur avoir administré un terrible coup de fouet. Le fouet, meilleure arme de toute l'histoire vidéoludique, nan ? Il y en avait d’autres là-dedans, comme la batte de baseball, le couteau, des gros bidons à balancer sur la tête des ennemis, aussi… Pas encore de barre de fer comme dans Streets of Rage, mais de toute façon, moi je préférais le fouet, voilà. N’allez pas chercher de raison saugrenue à celà, il n’y en a pas. Sauf que rien de tout ceci ne surpassait notre moment préféré : quand une sorte d'ogre surgissait de l'arrière-plan en défonçant un mur de briques, et nous aplatissait la tête de ses deux mains sans s'arrêter de beugler. On crevait de trouille avant son apparition, puis on se tordait le bide de rire quand il commençait à claquer des bras.
Combien de fois a-t-on reproduit cette scène dans la cour de récré, devant une foule de gosses qui n'avaient pas la réf ? Un nombre incalculable de fois où on est passés pour des crétins finis. Mais bon, on s’amusait aussi à se faire aspirer par la planète Mars comme dans Total Recall, ou à se tirer dessus comme dans le film Commando, ou le jeu Ikari Warriors. Je ne sais pas ce qu’il y a de pire dans tout ça. Randall avait donné un nom à ce fameux personnage, je ne sais plus trop lequel ; peut-être Abobo, tiens. J'ai appris bien plus tard qu'il s'appelait officiellement comme ça. Le méchant, pas mon pote. Il y avait un truc terriblement effrayant dans son regard, n'empêche, et même dans son expression générale. Purée, j'avais vraiment peur d'Abobo, en vrai. Remarque, sur Atari ST, tout le monde tirait une tronche pas possible. Ouais, les graphismes ont pris une sacrée claque par rapport à la version arcade. Tout ça c'est la faute d'Abobo.

B.O. divisée par dix
La musique euh… encore un de ces jeux Atari ST qui n'y a pas vraiment droit. Rien à part le theme de l'intro et OUUUUH comme ça fait mal aux tympans ; au moins autant qu'un modem 56k, ou que la Mort dans Gauntlet II. Ça doit vouloir imiter un riff de guitare électrique, j'imagine que c'est raccord avec les coiffures que tout le monde là-dedans semble avoir emprunté à Led Zeppelin ou à Europe. Ultra répétitif et super court en plus ! Bah dis donc ! Ah c'est la conversion de la compo du stage 1 en Arcade, d'accord. Y en avait d'autres parmi lesquelles choisir, pourtant. Du côté des effets sonores, pas beaucoup mieux. Un seul bruit de coup lorsque l'on touche un ennemi, sinon rien. Même notre pied lancé dans l'espoir de se détacher de notre corps, il ne produit pas le moindre bruissement. Du reste, on entend des râles de gerbe rigolos quand quelqu'un crève, et bien sûr les éructations hilarantissimes d'Abobo. Heureusement qu'il existe, sérieux.
Si si la famille !
Si on n'a jamais fini Double Dragon, je rejette la faute sur toutes ses approximations de jouabilité. Dommage, je n'ai jamais eu le privilège de voir mon personnage livrer un ultime duel contre son frère pour… attendez pour quoi ? Pour savoir qui aura le droit de pécho Marian ? La go n'est-elle pas déjà en couple avec Billy ? Ou avec Jimmy ? Ah bah tiens, je ne sais plus non plus, comme quoi, il faut peut-être bien trancher cette question à coup de mandales. Nan mais eh, c'est quoi le délire du gars qui tabasse son frangin pour lui piquer sa meuf ? Il a prévu ça depuis le début du jeu, ou seulement après avoir pris cher contre Abobo ? Et Marian va dire “OK” sans un regard pour son gars en train de crever dans un caniveau ? Hahahahah mais tu m’étonnes que les mascus toxiques de ma génération fassent autant d'audience avec leur contenu daubesque. Ce genre de narration lunaire leur a complètement matrixé le cerveau. Mais en fait peut-être pas, car il paraît que la Gen Z fait encore pire en termes de contenu nauséabond. Bon euh, quoi qu’il en soit, je retiendrai surtout Double Dragon pour les souvenirs qui gravitent autour.

Les imitations d'Abobo par Randall, et la salle de jeu + alcôve secrète de chez Terrence Dobermann. Nan mais le mec avait des voitures miniatures avec des morceaux qui se retournaient en cas de choc, juste pour simuler la carrosserie cabossée. TROP ! STYLÉ ! Ça et les livres de chez Gründ dont je parle dans l'article de Fire Force, vous n'avez qu'à aller le lire pour savoir de quels bouquins il s’agit. Des dingueries les trucs. Et aussi un encore plus vieil ordi qui lisait des cassettes au lieu de disquettes, et plein de Cosmix. Une baraque remplie de merveilles. En tout cas, j'ai toujours considéré Double Dragon comme un jeu, et même une licence, super classe ; quand bien même j'ai tout juste effleuré la ludothèque associée. J'ai suffisamment aimé pour vouloir m'acheter la cartouche Game Gear, a.k.a l'un des jeux les plus nuls de la console. Merci hein.
