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Jungle Strike

Jeu Pas fini du tout #8

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Type de jeu

Simulation rigolote d'hélico-tamponneur, et pas du tout marrante de gestion d'essence.

Date de sortie sur nos machines

Juillet ou Août 1993, à mi-chemin entre Choplifter et G-Police.

Développeur

Electronic Arts, Inc., Granite Bay Software, le premier on connaît, le second… euh, a bossé sur tous les Strike, sauf le dernier. N’existait pas avant, a disparu juste après. Étrange destin.

éDITEUR

Electronic Arts, Inc., en plein âge d’or, clairement.

Jungle Strike : disponible sur rien du tout ! Dernier portage en date, le… Blackberry ? Ah ouais, y avait peut-être un meilleur choix à faire. C’est vrai au moins ? Parce que sinon, il faut encore remonter jusqu’à la PSP.

Je ne connaissais pas Desert Strike quand on m'a offert Jungle Strike. Ou quand je l'ai fait acheter, ou quand je l’ai trouvé par terre dans un supermarché, peu importe. Pourtant, la boîte me hurlait dessus que j'aurais dû. “THE SEQUEL TO DESERT STRIKE” écrit en grosses majuscules noires sur ruban jaune. Comme les bandeaux de police qui quadrillent une scène de crime. OK ! Pardon, j'ai huit ans les gars, je me nourris de Lucky Charms et de cordons bleus, pas pendant le même repas, mais quand même. Aucune pitié chez Electronic Arts. Je n'ai découvert le premier jeu de la saga que bien plus tard, sur la Game Gear de mon cousin Walter Valise, durant des vacances d'été où on ne faisait que parler de Command & Conquer. Purée, il avait même une Game Gear, le mec. Mais il ne crachait pas sur SEGA en permanence ? Je crois bien que si. Eh, Walter ! Il ne m'a procuré aucune émotion, ton jeu ! D'accord ? Bref, Jungle Strike a continué de me manquer de respect durant la scène d'intro (en presque 3D wesh), avec l'hélico qui décolle face à l'écran, et qui me tire des missiles dessus ! Eh, ça va bien aller ou quoi ? Vas-y, enfuis-toi à travers la mangrove, t'as raison. Même après cette rencontre des plus houleuses, j'ai accroché direct. Je n'ai jamais trop nourri d'obsessions pour les hélicos, malgré l'existence de mon pote Lionel Mortadelle, dont le père était pilote, et qui ne parlait que de ça. Malgré le fait qu’on regardait Super Copter ensemble, aussi.

Surprenantes affinités

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Trop bizarre qu’il n’ait jamais joué à Jungle Strike avec moi, lui. Par ailleurs, je n'ai jamais trop kiffé conduire des trucs dans les jeux non plus. Jungle Strike a pourtant réussi à me rendre addict aux deux, et jamais je ne regretterai d’avoir connu ce jeu-là en premier, et pas le précédent (ni le suivant Urban Strike, d’ailleurs). Par contre, il m'a sacrément résisté, au point que je n'ai pas pu le terminer, même en persévérant un paquet de fois. J'y revenais souvent, y compris quand la Mega Drive perdait de sa superbe face à l'arrivée du bulldozer Pentium 75 à la maison. Mais rien à faire.

Va te faire réservoir

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Je n'ai jamais pu le terminer pour deux raisons. La première, je ne captais rien à l'anglais. Je devinais à peu près ce que je devais faire grâce à la map affichant l'intégralité de chaque niveau, l'emplacement de tous les objectifs à réaliser, ainsi que les caches ou ramasser des munitions ou de l'essence. Très bien fichue cette map, d'ailleurs. Elle m'a permis d'aller bien plus loin que je ne l'aurais cru. La seconde raison, elle découle de l'essence, justement. J'aime bien l'idée de devoir gérer son fuel pour rester opérationnel. Mais là non. Notre hélico consomme à une vitesse ! Qui a eu l'idée d'embarquer ce poivreau à hélices en missions à travers l'Amérique du Sud ? Et donc, le seul point que je vais vraiment reprocher à ce jeu, c'est de nous obliger à partir en quête de barils au lieu de nous laisser exploser nos cibles tranquilles. Parce qu'une fois le réservoir vide, on se crashe et on crève, point. On ne pourrait pas juste se poser et faire du stop ? Se faire conduire à la station service la plus proche par un guérillero qu’on mitraillera plus tard ? Ou juste virer cette feature qui ne sert qu'à nous mettre des bâtons dans les rotors, nan ?

Peut-être que j'allais trop lentement aussi, je ne fais pas partie des plus rapides sur, euh… énormément de sujets. Mais laissez-moi profiter du paysage, un peu ! Y a plein de machins à admirer, en plus ! Détruire les campements de narco-trafiquants, ça se savoure. En plus, les arbres sont indestructibles là-dedans. Pas de danger de destruction de la faune et de la flore. On a beau siffler dix litres de carburant à la minute, on reste écolo dans l'âme. Donc j'apprends qu'on reprend l'histoire là où Desert Strike l'a laissée. On gagne contre un affreux terroriste venu du Golfe qui voulait détruire le monde. Sauf que, pas de chance ! Son fils est tout aussi barge que lui, et s'associe au pire narcotrafiquant d'Amazonie pour tenter de faire main basse sur la planète à son tour. Nous voilà donc repartis pour un tour à bord d'un Comanche flambant neuf, et visiblement pas tout à fait réel. Nous incarnons ici l'archétype du gars cool des nineties, ultra fort, ultra branleur, qui prend tout à la légère, y compris la fin du monde, mais on sait qu’il va réussir tout ce qu’il entreprend les doigts dans le nez.

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts
Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Cela participe bien au climat à la fois très tendu (par ses missions et son enjeu) et très léger (par ses dialogues) du jeu. J’ai tout de suite succombé au point de vue de dessus en 3D isométrique, que j'adorais depuis Populous et Toejam & Earl. Je crois qu'un Jungle Strike en pur vertical, horizontal ou autre, m'aurait fait lâcher à la première panne d'essence. Merci à mon obsession pour le pixel art en fausse 3D isométrique, donc. En plus, ce jeu se révèle juste beaucoup plus dynamique que le god game susnommé, et laaaargement plus maniable que le… le truc bizarre d'action exploration avec rappeurs extraterrestres, là. Sérieux, la prise en main m'a bluffé. Dès qu'on maîtrise un peu l'inertie de notre engin, on peut lui faire prendre des trajectoires de dingue, lui faire faire des demi-tours intempestifs, et effectuer d'autres mouvements totalement irréalisables avec un vrai hélicoptère. Je n’en ai jamais piloté, mais un peu de bon sens suffit pour se faire une idée.

Comme quoi, le manque de réalisme peut aboutir à des trucs géniaux ! Alors pourquoi avoir autant abusé sur cette consommation de kérosène ?? P**** de B**** de C***** à F***** de ses M******* ! Cela dit, même si ça me cabossait ma carlingue de partout, je trouvais absolument fascinant de me taper dans les bâtiments. L’hélico repartait en arrière dans un enchaînement de tours sur lui-même, au son d’un gros ressort entouré de balles rebondissantes. Ça m’a toujours fait penser à une auto-tamponneuse qui se faisait bolosser dans une fête foraine. Donc forcément que ça m’amusait. Chacun des neuf stages nous propose un éventail d'objectifs à réaliser avant de passer au suivant. Si certains doivent s'accomplir dans un certain ordre pour débloquer la suite, la plupart peuvent se faire comme bon nous semble, l'un après l'autre ou même un peu toutes à la fois. À nous de voir. Tuer un méchant, sauver un gentil, récupérer des marchandises, détruire des convois piégés, tuer d'autres méchants, libérer des otages, buter un très méchant protégé par dix tanks…

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts
Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Ça ne révolutionne rien, mais les nuances entre missions suffisent à ne pas nous ennuyer. Grâce aussi à un level design assez simple mais efficace. Si les stages ne s'étalent pas sur des zones aussi immenses que ce que je le croyais étant gosse, j'ai quand même trouvé très agréable de les traverser pour tuer méchant 1, puis méchant 2 et ainsi de suite. J'avais trouvé les niveaux bien remplis, sans rien de superflu, ni trop d'endroits vides. Des camions qui roulent, des bateaux qui voguent, des fous furieux qui vous canardent à vue sans même se cacher un tout petit peu, d'autres engins volants aussi, voire même des batteries de canons ultra vénères qu'il vaut mieux éviter. Tout ça entrecoupé d'arbres, bâtiments civils, infrastructures diverses. En plus, je trouve ça plutôt joli, même aujourd'hui.  Enfin, on peut choisir un co-pilote avant chaque début de partie. J’imagine que ça doit donner divers bonus en fonction de la personne choisie. Je n’y prêtais pas attention, vu que je ne pigeais rien.

Dommage, il doit bien y en avoir un dans le tas qui sait comment moins consommer d'essence. Sur la boîte, le jeu nous promet un gameplay entièrement renouvelé grâce à l'apparition de nouveaux véhicules. Super ! Je n'ai jamais connu l'époque avec l'hélico pour seul bestiau à piloter. Dès le second niveau, on pose le Comanche pour embarquer dans un genre d’hovercraft armé jusqu'aux dents ! Enfin jusqu'aux coussins d'air. Ça change quoi aux bails ? On pose des mines au lieu de tirer les énormes roquettes Hellfire. La maniabilité reste similaire, à ceci près qu'on se prend désormais tous les obstacles, et pas seulement les édifices hauts de quatre mètres et plus ; même un petit caillou qui dépasse de l'herbe nous renvoie sur trente mètres en arrière, et un dixième des points de vie en moins (je dis ça de mémoire, mais qui ira vérifier ?). Super le renouvellement des mécaniques ! Bon, au moins on ressemble à une vraie auto-tamponneuse, pour le coup. Malgré tout, j'ai bien aimé ce stage presque exclusivement sur l'eau.

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts
Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

Surtout le gros sous-marin qu’il faut éclater à la fin, et qui titillait un peu ma phobie des gros trucs qui flottent. En troisième lieu, on s'enfonce dans la jungle (il était temps de coller au titre !) pour démanteler un genre de camp d'entraînement hyper bien achalandé. J'ai pris cher tellement de fois là-bas, mais j'ai réussi à traîner mes patins jusqu’au niveau suivant. Et ouais, les pieds d’un hélico, ça s’appelle des patins. On se retrouve encore dans la jungle, mais la nuit. On ne voit rien tant qu’on ne fait rien exploser. Ne serait-on pas subtilement en train de nous demander d’exploser des trucs ? Mais oh, juste pour qu’on sache s’orienter, hein. Bizarrement, je ne m’en rappelle pas du tout. Comment j’ai fait pour le passer ? Je me souviens du stage d’après, pourtant ! Enfin, surtout d’avoir bloqué dessus, justement, une petit ville du Pérou ou de Bolivie à la merci de cruels paramilitaires. Ensuite, pas plus. Je crevais toujours parce que je pompais toute l'essence disponible avant de finir les missions. Et là, même avec l'aide de la map, je ne savais jamais quoi faire. Abruti de soiffard de chopper.

Du coup j'ai raté quoi ? Tous les autres bestiaux qu'on pilote, déjà ! On les voit quand, sérieux ? Bah justement, la moto apparaît dans le niveau que je n’ai jamais terminé. Je crevais toujours avant, visiblement. Mais ça dure… allez, trois minutes ??? Mais les gars ! Oh ! Pourquoi faire ? La zone de déploiement numéro 6 se situe dans la neige, avec des sprites assez originaux représentant des caches et souterrains d’une forteresse enfouie sous le sol. Le chasseur furtif apparaît ENFIN pour la flopée de missions suivantes. Purée, je voulais tellement le piloter, lui. Je bavais sur le minuscule screenshot à l'arrière de la boîte. Et je n’ai jamais pu mettre la main sur son manche, à ce beau bestiau (si vous avez des images mentales en lisant cette phrase, c’est votre responsabilité). En plus, on a le droit de le diriger pendant plus de la moitié du niveau merci hein ! Bon, il a l’air relou à diriger, en vrai. Comme l’hélico, mais en plus contraignant, puisqu'il a besoin de vingt kilomètres de piste pour décoller. Les développeurs nous promettent effectivement de la nouveauté. Ils ont juste oublié de préciser de la nouveauté ultra fastidieuse et destructrice d'amusement. Petits futés. 

Jungle Strike, Mega Drive, Electronic Arts

La chevauchée des guitares électriques

La musique, elle nous vient d'un certain Brian Schmidt. Haha ! Un gars avec un nom allemand qui compose pour un jeu de guerre, ça m'a fait marrer. Pardon. Rien de drôle, j’ai pensé à Wagner et Apocalypse Now, et… ouais désolé pour les multiples amalgames problématiques. Je n'avais pas particulièrement relevé la qualité des morceaux à l'époque. Aujourd'hui, ils font partie de mes titres préférés de la MD. Le mec a vraiment réussi un tour de force, je trouve. Ça sonne dur, fort et sombre à la fois. Mais en transmettant une énergie de fou, aussi. Je pense qu'il faut un petit temps d'adaptation pour apprivoiser les riffs de ““guitare électrique”” avec quatre guillemets, si on ne sait pas à quoi s'attendre. Une fois qu'on passe l'étape de la sidération et que notre âme revient dans notre corps, on prend un pied pas possible. Et pourtant… aucune musique ne joue pendant les phases de gameplay ! Elles servent juste à l'intro, aux briefings des missions, aux game over, crédits et victoires. Voilà peut-être pourquoi je les aime autant après les avoir presque oubliées. Cette distillation sonore avec parcimonie, comme si on nous partageait une ressource ultra précieuse (encore plus que cette saleté d'essence), ça a trop fonctionné sur moi. Ouais j'aurais peut-être encore mieux aimé avec de la musique pendant les stages, j'en sais rien ! J'essaie de voir le réservoir à moitié plein. N'empêche qu'avec une intro pareille, j'avais la pêche pour les six heures à venir. Et je me mettais à scander des phrases de patriote américain aussi. Heureusement qu’on parle d’une époque gérée sous Clinton, et pas Bush ou Trump, mon dieu.

Jungle Strike (Mega Drive) - Title (Staff Roll)
00:00 / 03:03

Comanche and Conquer

Concernant les niveaux, oui, j'aurais vraiment aimé tous les découvrir, tout comme les compos qui vont avec leurs briefings. J'aimais trop ces graphismes, on aurait pu imaginer un jeu de gestion avec tous ces bâtiments, décors et édifices différents ! Crée ton camp de narco-terroristes, gamin ! Planque du plutonium à côté de la Maison Blanche pour voir ! Des heures de fun garanti ! Les véhicules jouables par contre… hmmmpff non, pas vraiment de regrets. La feature frise la publicité mensongère, surtout quand elle sert autant d'argument de vente. J’aurais bien voulu conduire les tanks des méchants, par contre, ou leurs espèces de wagons de trains autonomes du premier stage. Ou l’énorme sous-marin, et à la rigueur l’espèce de bagnole blindée de l’O.N.U.

Je crois que ça s'arrange un peu dans Urban Strike, sorti l'année suivante, même si ce que j’ai vu des phases à pied m'ont paru bien hilarantes. Si j'ai adoré Jungle Strike sur Mega Drive, je crois que j'aurais encore plus aimé la version PC, agrémentée de cutscenes versant à fond dans l’autodérision. Année de sortie : 1995. Ça me rappelle un certain Command & Conquer, tiens. Deux jeux qui arrivent à rendre la guerre fraîche et rigolote. Sacrée prouesse. Remarque, on a aussi droit à des scènes de dialogue sur ma console adorée. En images quasi-fixes, assez moches aujourd’hui, mais au charme intemporel indéniable. Avec des dialogues vraiment marrants, et aussi Bill Clinton en guest star. Dommage que tout ça me soit passé au-dessus à l’époque, j’aurais encore plus adoré. Ou alors, il vaut justement mieux que je n'aie pas trop adoré. Où serais-je aujourd'hui, sinon ? En train de voler de l'essence pour me payer des tours d'auto-tamponneuses en boucle ? Non merci.

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