Mashed : Drive to survive
Post nostalgie #7
Renouveau Vidéoludique à Paris

Type de jeu
Meilleur compagnon virtuel de tes journées de cours, de tes soirées, et de n’importe quelle situation impliquant des consoles et des gens.
Date de sortie sur nos machines
Août 2004, heureusement que j’avais déjà le permis depuis un an, jamais je ne l’aurais passé, sinon.
Développeur
Supersonic Software Ltd., fabricants de jeux de course de tarés depuis la fin des années 80, aujourd’hui absorbés par des géants créateurs d’applis mobiles
éDITEUR
Empire Interactive Europe Ltd., une grosse boîte qui partait un peu dans tous les sens, j’ai l’impression. Mais merci pour votre service.
Mashed : disponible sur GOG, sur Steam, sur Epic Games, et pour moins cher qu’un bouchon de réservoir, en plus !
En septembre 2007, après quatre ans de surplace à la fac, j’ai quitté Le Havre pour m’installer à Paris, et pour suivre une formation de Game Design dans une école supérieure. Là-bas, j’y ai rencontré tout un tas de nouveaux gens, allant du geek complètement asocial, accro à quinze MMO différents, et qui n’a jamais parlé à une seule fille de sa vie, au gars qui avait débarqué ici sans trop savoir pourquoi, dont le but dans l’existence se résumait à jouer à des trucs en Flash sur navigateur internet pendant les cours, et se mettre cuite sur cuite en dehors. En quelques mois, je me suis constitué un groupe de potes qui, sans aller jusqu’à jeter l'argent de l'inscription par les fenêtres non plus, penchaient plutôt vers la seconde catégorie d’individus décrits plus haut. Un nouveau monde s’ouvrit alors à moi, avec pour norme de deux à quatre soirées arrosées par semaine, durant lesquelles s’immisçaient deux fois plus de sessions jeux vidéo endiablées. Évidemment, j'ai plongé là-dedans avec une joie immense, sans le moindre regret, ni la moindre hésitation.
Études mouvementées à la capitale

Parmi tous les titres qu’on a écumés durant les années qui ont suivi, de Castle Crashers à League of Legends, Mashed reste celui qui m’a le plus fait chialer de rire. Dire qu’il est sorti plus tard que Gran Turismo 2, Burnout 2 ou Need for Speed Underground ! Certes pas avec le même budget, mais quand même !
Défaut mécanique majeur

En vérité, il n’y a pas grand chose qui roule dans ce jeu de course. Les bagnoles ressemblent à des Twingo 1 bonnes pour la casse, et les circuits n’offrent rien d’exceptionnel, autant au niveau de l’ambiance que de l’originalité des tracés. Les items (mines, missiles, boucliers… etc.), récupérés par les participants en roulant dessus, se voyaient déjà partout chez la concurrence depuis vingt ans. On part sur des standards de Wipeout en cent fois plus lent, ou de Mario Kart 64 en mille fois moins bien fichu. On sent bien une petite vibe post-apocalyptique qui traîne, histoire de justifier qu'on accroche un lance-flammes sur le toit de notre caisse en guise de booster de vitesse, mais on pourrait aussi bien se trouver sur le port pas trop fréquenté d'une petite ville industrielle en 1994. Et pourtant, j'ai craqué pour son charme direct. La médiocrité absolue de Mashed sur tous les plans lui a donné une certaine saveur, bien aidée par les cinq shots et les six pintes englouties en une demi-heure juste avant. Et quand les bugs s’y mettent ? Bah encore mieux. Surtout qu’il y en a un paquet, de bugs !
Les voitures se prennent des murs invisibles un peu n’importe quand, notamment lorsqu’elles sautent par-dessus une portion de route manquante. Chaque fois qu’un tremplin apparaît à l’écran, les participants savent qu’ils ont une chance sur deux de voir leur véhicule partir en soleil sans aucune raison, et tomber dans le trou. Le seul moyen de ne pas perdre la course reste alors que les adversaires se plantent aussi. Cette feature éclatée sous le bus entretient une tension qui finit par nous faire lâcher de gros rires saturés de frustration positive. Si quelqu'un comprend quelque chose à la phrase précédente, bravo hein. J'écris cet article totalement bourré, fallait bien se remettre dans le contexte. Mashed ressemble davantage à un programme destiné à haïr son prochain qu'à un vrai jeu de course-bagarre. La cruauté de ce titre n’a pas de limites. Les quatre participants s'affrontent selon le même point de vue plus ou moins de dessus, sur le même écran.


Jamais de split-screen, la caméra se rapproche ou s’éloigne selon les besoins, jusqu’à une certaine limite cependant. Les bagnoles trop lentes se voient infliger le châtiment suprême de la destruction instantanée, par une sorte de raclette géante énergétique qui nettoie le circuit. Il n’y a bien que ce balai maléfique qui fonctionne correctement dans ce foutu Mashed ! Quand à tout ce bordel, s’ajoutent des contrôles ultra sensibles, des pistes glacées qui annulent toute adhérence, des collisions qui font réagir les caisses n’importe comment, les gens ayant déjà perdu qui peuvent tirer des roquettes depuis le ciel… bah le skill pèse très peu dans la balance. Donc autant jouer complètement fracasse, pas vrai ? Est-ce qu'on jouait à Mashed pour boire, ou est-ce qu'on buvait pour supporter de s'infliger ce supplice atroce ? Purée, aucun souvenir. Si en plein cours, on entendait trois idiots ricaner aux quatre coins de la classe, pas de doute !
Ils jouaient à Mashed en réseau, sur les PC de l’école, et ce sans aucun état d’âme ! Cela dit, ce créneau de journée nous a permis de pas mal progresser. Par progresser, je veux bien sûr dire tenter d'anticiper un minimum dans quel virage, ou au niveau de quel tremplin le jeu allait se foutre de nous. Parce qu’on n’allait pas peaufiner notre maîtrise en soirée, sur PlayStation 3 cette fois, alors qu’on avait converti Mashed en un jeu à boire. Ceux dont la bagnole explosait en premier se prenaient un certain nombre de gorgées, et ceux qui gagnaient pouvaient en distribuer. Il va sans dire que les bouteilles descendaient vite. Combien de fois a-t-on lancé une partie en se disant : “Allez, dix minutes juste pour se chauffer et après on sort !” Pour au final, se retrouver encore avachi dans le canapé à trois heures du matin, un œil fermé pour ne pas voir double. Que ce soit sur le moment, après coup, ou en anticipation des sessions de jeu suivantes, prononcer le mot Mashed nous faisait invariablement nous bidonner sans retenue.

Black-out musical
La bande son ? Je ne m’en rappelle pas. J’aurais tendance à dire qu’à part la musique du menu principal, les niveaux n’en possédaient pas ; sans doute pour faire la part belle aux bruits de pots d’échappement troués, explosions, dérapages et carambolages. Tellement de douces mélodies à l’oreille ! D'ailleurs, même les sons buggaient parfois, quand la caméra zoomait sur le véhicule vainqueur d'un round et que son moteur partait en surrégime, le volume soudain poussé au maximum pour aucune raison. Mais tout compte fait, suis-je vraiment certain de ce que j'avance ? Ultra ivre en permanence et entouré d’une horde de gamers hurlants, comment savoir si mon cerveau n’a pas juste occulté l’O.S.T., ou si on faisait tellement de vacarme que rien ne pouvait filtrer jusqu’à nos tympans ? Mais non, la réalité est moins alcoolisée que ça. Mashed ne dispose effectivement que d’un seul titre. Composé par une seule personne, ou un seul groupe nommé Muddy Funkers, dont je ne trouve pas grand chose. Je le trouve pas mal, ce morceau. Il ne retranscrit pas forcément l’immonde bazar qui caractérise le jeu, mais je l’aime bien. Il nous faisait doucement hocher la tête, alors qu’on n’avait pas encore lancé une partie, et qu’on avait encore l’esprit à peu près clair.
Batterie à plat et cœur brisé
Si j’ai continué à voir mes potes d’école pas mal d’années après avoir obtenu notre diplôme, j’ai quand même fini par les perdre en route, pour tout un tas de raisons. Et oui tiens, on a bien obtenu notre diplôme, malgré les obstacles que Mashed a mis sur notre route. Et l'alcool aussi. Surtout l'alcool. A-t-on tous trouvé un job dans le milieu du jeu vidéo grâce à ce bout de papier ? Oulà non. L’école dont on sortait n’avait pas encore taillé sa réputation, qui semble assez bonne aujourd’hui. Mais en 2010, personne ne connaissait, alors on passait juste pour des opportunistes sans aucune compétence. Et on se trouvait en pleine crise de 2008. Et les recruteurs demandaient des portfolios remplis de graphismes ou morceaux de jeux codés, ce que je ne possédais pas, vu que je m'étais "spécialisé" dans le Game Design pur. Bon, la faute à l'univers, mais surtout pas à moi, voilà. Bref, je disais qu’aujourd’hui, je ne vois plus une seule de ces personnes, pour des raisons plus ou moins acceptables selon les individus, les points de vue, les potentiels malentendus, les fautes inavouées et les griefs exacerbés par tel ou tel événement.

J’ai ma part de responsabilité dans l’histoire. Mais même avant cette rupture, on avait un peu laissé Mashed de côté. Tous ces aspirants Game Designers et leurs ami.es ne squattaient pas un seul jeu à la fois pendant des semaines comme moi ; ils jonglaient plutôt entre six ou sept trucs, et ce sur trois ou quatre machines. Chaque fois que je leur rendais visite, je découvrais toujours un nouveau titre qui permettait de se la coller tout en geekant, à commencer par Wrecked, le reboot de Mashed (tout aussi marrant car buggé pareil, mais un peu moins moche et un peu plus fourni en contenu). Autant dire que même s’il ne réglait pas tous les défauts de son prédécesseur, on a vite fait le deuil du vieux Mashed dans notre tête. Désolé mon gars, tu resteras le précurseur d'une période d'insouciance qui m'a fait un bien fou, même si elle a dû m'arracher quelques années d'espérance de vie.
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