Les SIMS
écrit par : ISKAN

Type de jeu
Simulateur de vie qui pourrait remplacer ta conseillère d’orientation
Date de sortie sur nos machines
Février 2000, pas comme Sim le comique qui aurait, selon les rumeurs, côtoyé les dinosaures
Développeur
Maxis, s’il y a Sim dans le titre ça vient sûrement de chez eux (sauf le comique Sim)
éDITEUR
Electronic Arts, dont le nom contient Art comme la compagnie théâtrale Sim-Art du comique Sim
Les Sims : disponible, euh hein ? Ah non ça va, au début j'ai cru qu'il n'existait nulle part, mais on trouve en fait la Legacy Collection sur Steam, le site d'EA, le site de Microsoft, et l'Epic Games Store. Quel soulagement !
Ah l’an 2000 et ses promesses technologiques folles ! Voiture volantes (facile), robot personnel contrôlé par IA (la base) et un jeu vidéo où l’on peut contrôler tous les faits et gestes d’un ou plusieurs personnages (tout à fait impossible !). C’est un peu le débat que j’ai eu avec mes amis lors d’une heure de permanence, regroupés autour d’un magazine de jeux vidéo qui présentait le futur gros hit de Maxis, Les Sims. On avait beau être de jeunes 6èmes, on avait déjà joué à Sim City et même si nous trouvions qu’une ville qui se développe seule était déjà impressionnant, imaginer gérer un habitant de celle-ci nous semblait révolutionnaire. Quelques mois plus tard, le graal était enfin là. Le rendez-vous était pris chez Michael Durden, qui en plus d’être le bogosse de la classe, avait un grand frère calé en informatique. C’est notamment chez lui que j’ai découvert Matrix, Michael Durden ainsi que mon meilleur ami de l’époque me commentant chaque scène du film.
Back to the futur


Je me rappelle également de parties multi-joueurs endiablées de Micromachines à 4 sur nos GameBoy Color et de photos assez dénudées de Sarah Michelle Gellar ou de Clara Morgane … Mais le sujet du jour était bien le jeu les Sims, que son grand frère avait piraté et qu’on pouvait obtenir pour la modique somme de 10Fr, de quoi financer le prix du CD vierge. Outre le crack pour générer la clé-CD, le cd contentait également un patch pour retirer le floutage pixelisé quand les Sims allaient prendre leurs douches ou aux toilettes, un ajout assez inutile vu que les programmeurs n’avaient pas pris la peine de détailler les modèles… De retour chez moi, j’installe le jeu et lance une partie. Le manque d’argent m’oblige à prendre la plus petite maison et ses Sims Jojo Nouvot et Paulette Nouvot.
Les journées sont courtes et contrastent avec toutes les actions disponibles ou obligatoires si vous voulez éviter de vous retrouver avec des loques humaines. Il faut bien entendu trouver un travail pour payer les factures qui arrivent tous les 3 jours (quand on ne les oublie pas dans la boite aux lettres), gérer les besoins vitaux et divertir ses Sims pour qu’ils gardent le moral, essayer de socialiser avec d’autres Sims qui vous rendront visites toujours au pire moment et améliorer ses compétences pour obtenir une promotion. On se retrouve toujours à courir après le temps ! Au début on tâtonne, les déchets s’entassent, on loupe le réveil et on reçoit un blâme de notre manager nous avertissant qu’au prochain retard, c’est la porte ! En gros c’est la découverte du monde adulte à 13 ans, m’étonnerait pas que Macron ait poncé le jeu en mode difficile, for sure !


Une fois qu’on maîtrise son planning, que les revenus sont réguliers, on peut améliorer le standing de sa maison. Et une fois que c’est fini, vous rasez tout et vous construisez une plus grande maison, puis vous meublez, vous refaites la déco, le jardin, la piscine et vous détruisez tout et vous recommencez … Et si jamais vos Sims vous soûlent, vous pouvez retirer l’échelle de la piscine pendant la baignade ou supprimer toutes les portes d’une pièce et à vous l’assurance-vie ainsi qu’une pierre tombale gratuite, un atout majeur pour votre décoration d’Halloween ! On ajoute des meubles et de l’électro-ménager, puis on change la moquette et les papiers peints, on s’occupe d’aménager le jardin, on creuse la piscine.
Sister Act
La vie se déroulait tranquillement à SimCity mais une menace planait, qu’elles soient grandes ou petites, les sœurs allaient s’accaparer nos pc. Et on si on pouvait espérer que ce soit de courte durée, c’était sans compter sur la complicité de Maxis qui profitait de chaque prétexte pour sortir une extension et récupérer un peu plus d’argent : voyage, animaux, études, magie, fête … Au total en 23 ans, on a eu 4 jeux Les Sims, 5 spin-offs et 59 extensions ou packs additionnels, soit une moyenne de 3 jeux par an, pire que le rythme de reproduction d’un mogwai après une bonne douche ! De quoi prolonger les loooongues sessions jeux qui commençaient par une création minutieuse des personnages puis se poursuivait avec la création de la maison et s’il restait encore un peu de temps, se terminait enfin par une session de jeu.

Absolute Cinema !
Je sais que la tradition à ce moment-là de l’article est de parler de la musique du jeu mais ce qui me reste en tête est la vidéo d’introduction. D’habitude au lancement d’un jeu, on bourrine les touches Echap, entrée et la barre d’espace afin de gagner quelques secondes qui au bout d’une année de gaming représenteront un gain de plusieurs minutes ou heures suivant votre profil de joueur. Pas la peine de nous rappeler que c’est votre boite qui a fait le jeu, on l’a déjà acheté de toutes manières ! Les sessions sont courtes et l’accès au pc familial limité, il faut donc tout optimiser, mais avec les Sims, je profitais de chaque seconde de son générique. Le jeu nous présentait dès son lancement toutes les promesses qu’il avait à nous offrir : partir d’une petite maison à peine meublée et finir après plusieurs étapes avec un grand manoir entièrement décoré. Et ce n’est pas tout car notre Sim allait également se faire des amis, organiser des fêtes, devenir populaire et trouver l’amour. Bizarrement ils ne parlent pas du fait de finir seul et endetté, le moral dans les chaussettes et la barre d’énergie vide…
Pour conclure, on a tendance à mépriser les Sims et à le réduire à un jeu pour filles mais ça a été une révolution même pour les petits garçons. Et même si l’on pouvait vite s’affranchir des règles de bases, en tapant « klapaucius » pour obtenir de l’argent illimité ou en passant plus de temps à créer et meubler sa maison qu’à jouer dedans, chacun trouvait sa manière de s’amuser sur le jeu, même si c’était la plupart du temps au détriment des autres utilisateurs du pc familial !
Postface de Paulémile
Les Sims, ça évoque une légende trop énorme et un temps passé dessus trop court pour que j'aie eu le courage d'en écrire un article. Pour le coup, le syndrome de l'imposteur m'a dissuadé, alors j'ai préféré laisser ISKAN s'en charger. Trop pratique ce truc. Mais je l'avais quand même sur le PC de l'appart, comme à peu près 108% de la population à l'époque. Il ne m'appartenait pas, c'était LE jeu d'ordi de ma petite sœur Rebecca Vestibule. Je n'avais déjà pas assez de problèmes comme ça, avec le beau-père déjà assis devant son Pentium bien trop souvent à mon goût, voilà que ma frangine s'y mettait aussi ! Comment j'allais monter mes persos à Diablo II et conquérir le monde à Heroes of Might and Magic III, moi ? Le week-end ? Quand toute la famille se barrait à la campagne sauf moi ? Oui d'accord. Mais ça ne suffisait pas, eh, oh !


Alors, comment m'y prendre, pour tenter de virer ma sœur de là les jours de semaine ? Déjà, attendre que beau-papa ait le dos tourné. Ensuite, m'installer à côté d'elle et dénigrer son jeu vidéo préféré par tous les moyens. “Ouah c'est moche !” “Ouah c'est nul !” “Ouah ! Euh… c'est moche et c'est nul !” “Ça vient des créateurs de SimCity ? Et alors ? C'est archi nul !” Les arguments les plus imparables du monde, en vrai. Sauf que d'une, elle partait direct chouiner dans les jupes de sa mère, ou plutôt les pantalons crasseux de son père, et je me faisais renvoyer dans ma chambre plus vite qu'une journée ne s'écoulait dans les Sims. De deux, ma méthode n'a pas du tout fonctionné, bah parce que mine de rien, le concept ultra bien huilé m'a converti en deux minutes, comme tout le monde. J'avais déjà essayé de dégager Rebecca de l'ordi à l'époque d’Adibou 2, et je n'avais pas réussi, parce que j'avais fini par kiffer le jeu comme jamais.
Pareil avec 1001 Pattes et Spyro sur PlayStation. Évidemment que j'allais encore me foirer avec l'un des titres les plus couronnés de succès de tous les temps. Et donc, j'ai un peu plongé quand même. Pas au point d'y jouer tout seul ou avec mes potes Randall Geyser et Leyland Lampion le week-end, j'avais des limites. Mais j'ai fini par m'éclater à coacher ma sœur pour qu'elle parvienne à se bâtir la maison la plus cool possible, habitée par les gens les moins malheureux possible. À l'instar d’ISKAN, je me rappelle que ça demandait parfois une rigueur similaire à celle requise dans Civilization II, des réflexes aussi vifs qu'à Counter Strike, et une micro-gestion presque aussi vénère qu'à Starcraft. Et à l'instar d’ISKAN, j'ai moi aussi bien rigolé en laissant mes Sims cramer en condamnant la cuisine, ou se noyer en retirant l'échelle de la piscine. Mais ce qui m'a encore plus rendu zinzin, ce sont les sons.


Au-delà de la ribambelle d'effets sonores qu'on doit encaisser en permanence, et qui dépassent toutes les limites de l'horripilance à la longue, il faut qu'on évoque le Simlish : la langue parlée par les Sims. Enfin, peut-on réellement parler de langue, vu qu'elle ne se compose que de borborygmes et déblatérations inventées ? Je ne sais pas, je m'en fiche, j'ai juste trouvé ça génialement cool. Ça ressemble à ce que racontaient les paysans d'Age of Empires, mais passés à la moulinette du progrès. Si j'aime autant le charabia improbable de Little Big Planet, c'est aussi parce que Les Sims avaient bien préparé le terrain, des années auparavant. Franchement, à quel point c'est devenu culte d'écouter nos Sims blablater en faisant des gestes de psychopathes, alors que des icônes qui n'ont rien à voir avec rien s'affichent au-dessus de leurs têtes ? Tout le monde adore le Simlish, même ceux qui affirment le détester. J'espère que c'est bien clair.
Je crois que Rebecca appréciait que je lui file un coup de main. Dans le cas contraire, j'aurais eu des nouvelles de beau-papa, les yeux fulminant de haine. Cela dit, elle répétait souvent qu'elle aurait adoré pouvoir inclure un chien à son domicile virtuel, pour faire un peu plus comme nous, avec notre Mèmès chéri (un vieux Cavalier King Charles pataud et chouinard, mais on l'aimait plus que tout). J'ai compris ce qu'elle ressentait, passionnée par son jeu vidéo doudou qu'elle souhaitait voir encore plus fourni, encore plus stylé. J'avais connu la même frénésie avec Total Annihilation et ses millions d'unités supplémentaires créées par les fans. Alors, de la même façon, j'ai cherché des patchs et des mods sur des sites internet plus ou moins obscurs. J'ai galéré à trouver, mais j'ai fini par dénicher un seul programme permettant de posséder un mignon petit clébard.


Et… j'aurais dû m'abstenir. Il faut croire qu'au tout début de l'existence des Sims, ajouter des animaux relevait de l'exploit irréalisable. Déjà, le chien se trouvait dans le même menu que les meubles, aux côtés d'un lit et d'une commode. Il arborait un pelage beige verdâtre, et il glissait sur le sol sans aucune animation. On ne pouvait interagir avec lui d'aucune façon, mais pire encore, il lâchait des flaques de chiasse toutes les vingt secondes ! Mais vraiment des flaques liquides hein, et bien trop maronnasses pour passer pour de la pisse. En dix minutes, la maison et le jardin se retrouvaient inondés de déjections de l'enfer, et les Sims qui n'avaient plus le temps de faire quoi que ce soit d'autre que de nettoyer. Ils sont morts de faim et de fatigue peu après. Ou de maladie causée par les étrons du chien, je ne sais plus. Purée, moi qui voulais juste faire plaisir à ma sœur, je n'aurais pas pu trouver mieux pour la virer de l'ordi. Euh… Mission accomplie ?
