WipEout
Jeu ultra Cool #8

Type de jeu
Jeu de course futuriste, je crois. J’en sais rien, ça va beaucoup trop vite pour que je distingue quoi que ce soit.
Date de sortie sur nos machines
Octobre 1995, enfin je crois. Les boîtes sont parties des étagères bien plus vite que la vitesse du son.
Développeur
Psygnosis Limited, cette image de chouette vénère restera à jamais le meilleur logo de l’Histoire des logos.
éDITEUR
Psygnosis Limited, pauvre petite chouette partie trop tôt.
WipEout : disponible autrefois sur le Google Play Store, et sur PS Vita. Mais bon euh, tout ceci a disparu depuis des éons.
Eh, alors ! Bah ouais, encore une fois, merci le beau-père pour la découverte ! Enfin, merci un collègue à lui plutôt, qui n’avait manifestement rien à faire de ce jeu bizarre et qui le lui a donné. Je crois que l’histoire de ma rencontre avec WipEout s’est déroulée ainsi. Je ne sais plus. Je n'ai jamais vraiment su, d'ailleurs. Si ça se trouve, beau-papa avait des dossiers sombres sur le gars en question, et lui a fait du chantage pour obtenir un cadeau quelconque : ce CD-ROM précis, donc. Je spécule, j’invente peut-être, j’édulcore sans doute, vu que mon beau-père ne m’a jamais expliqué, ni comment ni pourquoi, il récupérait tel ou tel logiciel ou jeu vidéo. Mais je ne l’imagine pas une seconde ne serait-ce que prendre la décision de se procurer un joyau pur comme WipEout sans en tirer un profit quelconque derrière. À part Super Monaco GP sur Mega Drive et Cossacks sur Windows XP, jamais je n’ai vu beau-papa toucher au moindre jeu vidéo en ma présence. Jusqu'au milieu des années 2000, ne possédant pas d'ordi à moi, je me voyais obligé de squatter celui de cet odieux patriarche familial. Je dépendais donc beaucoup des choix de ce dernier en termes de programmes disponibles. Et à dix ans, moi, quand je voyais un CD-ROM inconnu traîner sur le bureau du PC… bah je le mettais dans le lecteur !
Révolution par hasard

J’ai eu droit à de sacrées mauvaises surprises avec cette méthode, notamment quand j’ai mis la main sur des machins pas du tout adaptés aux gosses, si vous voyez ce que je veux dire. Mais cette fois-ci, à l’instar de Myst ou de Heroes II, très bonne pioche. Le genre de bonne pioche qui vous fait croire à un glow-up de votre personnalité, alors qu'elle ne fait qu’altérer le cortex pour toute la vie, et pas forcément dans le bon sens. Et pour le coup, WipEout a attaqué les fondements de mon cerveau comme aucun autre jeu vidéo avant lui. Pas grave, tant que je considère toujours ça comme un glow-up aujourd'hui.
Purée, ça va vite, hein !

Parfois, je me demande si cet étrange objet appelé joystick a réellement existé. Peut-être parce que je ne savais pas l’utiliser aussi bien que le clavier et la souris, peut-être qu’il fait partie des gadgets intrinsèquement mal foutus. Qui se sert encore de ces machins tout claqués de nos jours, hein ? À part des individus encore plus nostalgiques maladifs que moi ? N’empêche que j’ai fait un effort pour WipEout, parce que pour maîtriser des vaisseaux anti-gravité qui fusent à 600km/h en s’envoyant des missiles sur des circuits saturés de couleurs, impossible de profiter de quoi que ce soit sans matos aussi irrationnel que le concept du jeu. Nombre de potes se sont éclatés sur sa suite WipEout 2097, sur PlayStation de surcroît. Il se prenait bien plus facilement en main, selon eux (et selon moi aussi en fait). Mais la console de Sony n’allait pas arriver chez moi avant un bon moment, au printemps 1998 exactement, presque trois longues années après la sortie de WipEout, vous vous rendez compte ? Une éternité !
Alors j’ai persévéré à manipuler ce manche tordu qui collait à peine sur la table avec ses ventouses pourries. Entre ça ou ne pas surfer sur la vague de hype générée par le gros blockbuster super stylé du moment, j’ai vite choisi. Je crois qu’en une centaine de tentatives, j’ai dû finir premier une ou deux fois… du premier circuit seulement ! Il fallait gagner pour accéder à la seconde course, et ainsi de suite. Inutile de préciser que je n’ai jamais vu à quoi ressemblait la troisième épreuve. Quand on prononçait le mot WipEout, on pensait direct : le futur ! Le futur dans son aspect le plus dingue et le plus extatique ; trop rapide, trop violent, trop fluorescent, trop tout. Dans les nineties, l’obsession pour le passage au troisième millénaire a donné vie à des concepts qui n’auraient jamais pu voir le jour ailleurs dans le temps. Et oui, c'est un fait objectif, avéré et indiscutable.


Si ma névrose bloquée dans cette décennie vous le dit, elle a forcément raison. Le design incroyable des vaisseaux, les noms bigarrés des écuries, les tronches éclatées des pilotes, les panneaux publicitaires criards, la police d’écriture hyper reconnaissable, les kanjis écrits de partout comme dans Blade Runner… Les paysages transformés en vertigineuses pistes anti-gravité, les gradins remplis de spectateurs déchaînés. OK, les graphismes ne permettaient pas de déceler tous ces détails, mais on avait l'habitude. Personne n'a jamais créé d'univers aussi cohérent dans aucun autre jeu vidéo, à part dans les suites de cette franchise devenue culte, et encore. Ouais, second fait objectif, avéré et indiscutable. J'en ai plein d'autres en stock, si jamais je n'ai pas convaincu la planète entière. Par exemple, les power-ups qui n’inventent rien, à base de missile, missile à tête chercheuse, mine, bouclier… Mais leurs icônes qui apparaissent sur l’écran quand on récupère l’un de ces équipements, OUAH !
Trop belles, trop stylées, trop… iconiques, HAHA ! En vrai, il y a eu une sacrée recherche au niveau de la D.A. Inventer des marques de vaisseaux anti-gravité, leur coller un design et des couleurs comme le feraient de vrais constructeurs dans la vraie vie, imaginer des logos non seulement pour les véhicules, mais aussi pour leurs conducteurices… ils en ont même fait un bouquin, de toutes ces recherches graphiques, et ça se justifie totalement. Je l’ai dévoré, ce gros livre, et j’éprouve une certaine fierté de le voir prendre la place de dix romans dans la bibliothèque du salon. Même avec les résolutions toutes pourries de l’époque, la coolitude transpirait par chaque pixel, aussitôt vaporisés par les réacteurs surpuissants du FEISAR LS-5600 Mk.IV. Ou celui de Qirex, Auricom ou AG Systems, ça ne changerait rien. Même les pictogrammes des bonus qu'on récupère pendant les courses me refilent des frissons de nostalgie.

BPM : Bouleversé, Passionné, Matrixé
Si j’ai autant persévéré sur ce jeu alors que j’étais supra nul, je le dois à la musique que j'ai SUR-KIF-FÉE ! Je parle ici de la bande-son composée par l’artiste Tim Wright, a.k.a. Cold Storage, ou plutôt CoLD SToRAGE en langage MySpace. Sur PC, aucun autre titre ne figurait sur le disque que ses propres créations. Pas d'Orbital, ni de Chemical Brothers... J’ai parfois lu ou entendu des gens se moquer de ces morceaux spécialement créés pour accompagner nos virées suicidaires, arguant du fait qu’ils n’arrivaient pas à la cheville des créations d’artistes plus connus. Absolument PAS D’ACCORD ! Bande de rabats-joie à deux balles, je vais vous coller la tête sur une case d'accélération du circuit Terramax pour voir si ça vous décolle la peau. Sans doute que oui. Mais en vrai, pas besoin d'autre chose que cette trance exaltée pour me rendre complètement barge. Et rien de mieux qu’une O.S.T. spécialement composée pour un jeu, plutôt que des morceaux piochés par-ci par-là, aussi géniaux soient-ils. Ça renforce l’identité du jeu en question, voilà tout. Enfin ça n’est que mon avis, mais fait objectif, avéré et indiscutable quand même. Avant WipEout, la techno m’apparaissait comme un genre musical sympathique, mais très obscur et un peu hors de portée. Après WipEout, je ne jurais plus que par la elle. La techno : déferlante de hype incontournable, pourvoyeur d’émotions incroyables, transmetteur d’énergie infinie. Un phénomène bien plus grand que la musique, mais si je me mets à argumenter là-dessus, je vais autant y laisser toute mon énergie que je vais raconter n’imp. Cet album m’a marqué comme peu de choses m’ont marqué dans ma vie ; aussi bien les passages survitaminés qui donnent une pêche monstrueuse, que les boucles sombres, mais toujours empreintes d’un grain de folie, qui vous apprennent à aimer la dépression. Les deux ambiances se retrouvent parfois dans le même morceau, comme l’illustre très bien le titre proposé en bas de ce paragraphe. Encore aujourd'hui, j’écoute cette O.S.T. comme une œuvre à part entière, et pas comme une B.O. de jeu vidéo. Et elle me refile toujours autant d’émotions hyper intenses, comme si je redécouvrais la trance pour la première fois. Même dans le train pour aller bosser, même en promenant le chien en forêt, même quand je m'enferme dans la cave la nuit pour pleur… oulà j'ai rien dit. Dès que j’ai compris qu’il suffisait de mettre le CD dans une chaîne hi-fi pour succomber au charme frénétique de ces morceaux venus d'une autre dimension, j’ai assez vite laissé tomber le jeu. Pas parce que je ne l’aimais pas, mais bien parce que je n’arrivais pas à terminer la moindre course. Le joystick a enfin pris la poussière comme il le méritait. Je l’ai ressorti pour Wing Commander IV, mais après ça, promis, je n’y ai plus touché.
Passage en vitesse laser
Le CD-ROM, support alors en pleine expansion en 1995, pouvait stocker bien plus de données que les disquettes. J'espère ne rien apprendre à personne âgé de plus de onze ans et demi en énonçant cette évidence. Parmi les nombreuses améliorations qui ont découlé de cette invention : l’intégration de pistes musicales “conventionnelles” aux jeux : des morceaux composés comme n’importe quelle autre musique, quoi. Une vraie révolution par rapport aux limites imposées par les vieilles consoles, dont les cartouches ne valaient pas beaucoup mieux que les disquettes. Cela a rendu le format MIDI obsolète en quelques années, ce que je regrette aujourd'hui d'un point de vue strictement pathologique spleenien. Mais à l'époque, j'ai accueilli ce progrès à bras ouverts. Le cas de WipEout a littéralement changé ma vie, puisqu’il m’a fait en plus découvrir la musique électronique ! D'accord, il n'a pas changé ma vie, il l'a juste rendue mille fois plus cool. En vrai, je connaissais déjà sans m’en rendre compte, ne serait-ce que via d’autres jeux comme Streets of Rage, ou presque n’importe quel tube qui passait sur NRJ ou Fun Radio.

Mais là, je tombais vraiment amoureux, et je préfère de loin ce scénario à n’importe quel autre, impliquant une fête foraine ou une patinoire, par exemple. Ça s'est joué à peu de choses, huhuhu. Pour moi, WipEout reste l’étincelle qui a enflammé tout mon être, qui m’a fait rêver de soirées sans fin, saturées de morceaux dont la rythmique entêtante vous rend fou de bonheur. Une première étape qui efface un peu l’enfance et laisse place à l’adolescence. J’allais encore jouer aux G.I. Joe et aux Dino Riders pendant quelque temps mais déjà, l’amour de la nuit germait tranquillement dans mon cerveau, pour ne plus jamais me quitter. Enfin il m’a quitté par la force des choses, histoire de me laisser mener une vie socialement acceptable, mais il squatte toujours au fond de mon crâne, prêt à ressurgir à la première occasion. J'ai bien essayé de ne pas raconter mon coup de foudre pour la techno en mode pompeux et niais, mais je n'ai pas réussi. Il faut savoir se réapproprier la mièvrerie, parfois.
