Scorched Earth
Jeu Super Obsédant #7

Type de jeu
Un jeu d’artillerie largement plus moche de Worms, mais largement plus fourni que Total Annihilation (non).
Date de sortie sur nos machines
1991, il faudrait ressortir le fichier readme.txt du jeu pour connaître le mois. Flemme.
Développeur
Un gars tout seul.
éDITEUR
Le même gars tout seul.
Scorched Earth : disponible... euh, je crois que je n'ai même pas besoin d'aller voir, ce truc n'a jamais dépassé les frontières de DOS and Windows 3.1.
J’ai fait la connaissance de ce jeu bien plus tard qu’à sa sortie. Aux environs d'un 1997 lorgnant vers le 1998, je dirais. Chez mon père, la PlayStation avait déjà élu domicile dans le meuble télé, et je délaissais de plus en plus l’ordi, un brave 486 DX2 66 qui commençait sérieusement à afficher le poids des années. Tout juste l'allumais-je encore pour quelques parties de Taipei, mais les appels de l'Odyssée d’Abe et de Resident Evil se faisaient trop insistants. Sauf que, ma belle-mère avait un neveu d'un an plus jeune que moi. Un certain Lester Tungstène. Et ce gars, aucun souvenir ou idée de pourquoi, se fichait royalement de la console pourtant ultra hype de Sony. Lui, il voulait squatter le PC, peut-être parce qu’on faisait pareil chez lui quand on jouait à The Incredible Machine, peut-être parce qu'il trouvait le clavier-souris plus classe que la manette. Je ne lui ai jamais demandé pourquoi, j'acceptais juste de rétrograder mes attentes, vu qu'on s'amusait quand même ; l'alternance des logiciels se résumait à un flipper pas ouf et à Lemmings, aussi. Mais un jour, toujours sans avoir la moindre idée de pourquoi, on a un peu fouiné dans le disque dur, dans l'espoir de dénicher une nouvelle perle virtuelle quelconque.
Mieux vaut Mortar que jamais

On en a trouvé une du nom de Ski Free, qui nous a bien fait rigoler. Puis on a cliqué sur une icône nommée scorched.exe, et là… bah pendant un moment, moi aussi j'ai oublié la PS1.
Explosions, thunes et gros virage rétro

Il me semble avoir cru pendant un temps que Scorched Earth était le premier jeu d’artillerie jamais développé par une créature dotée de réflexion. J'ai dû m'en convaincre moi-même pour aucune raison, via un argumentaire basé sur absolument rien, dans l'espoir d’impressionner un ami imaginaire que je n'ai jamais eu, sans doute. Le genre existe depuis les années 70, donc comment dire ? Bah rien, j’avais tort, et mon faux ami imaginaire me méprise depuis. Je vais peut-être commencer à parler du gameplay pour changer de sujet. Qui dit jeu d’artillerie, dit que l'on incarne un avatar qui n'a pour but que de déglinguer ses ennemis. En leur tirant, lâchant, balançant tout un tas de trucs dans la tronche. Ça peut prendre la forme de bananes lancées par des vers de terre dans Worms, des oiseaux qui se suicident sur des cochons dans Angry Birds, ou des zigouigouis plus ou moins invisibles tirés par des tanks plus ou moins éclatés dans Scorched Earth. La notion de force avec laquelle on tire existe déjà dans ce jeu, de même que le vent, et autres paramètres tels que la gravité, les éventuelles chutes de météorites, ou la traçabilité des trajectoires de tous les missiles lancés.


Je me souviens de galérer pour me fournir en pauvres petits missiles au début, mais après une dizaine de sessions, on croule sous les billets, à tel point qu'on peut tout acheter sans réfléchir. Et vraiment, il faut se lever tôt pour embarquer l'intégralité des équipements disponibles. Entre les accessoires qui permettent de se faciliter la vie, comme les parachutes, les systèmes de guidage de projectiles, les boucliers… et les armes à n'en plus finir, comme le napalm, les missiles en nombre et tailles diverses, le machin qui rebondit dans tous les sens, les rouleaux qui descendent les pentes et explosent au premier obstacle, les obus qui creusent des galeries pour exploser les ennemis d'en-dessous… oui on ne lâche pas de vieille dame, d'âne en pierre ou de super mouton, mais bizarrement, ça ne m'a pas manqué. Et puis j'imagine même pas la tronche de la vieille dame convertie aux standards graphiques de Scorched Earth.
Si par hasard, quelques rabats-joie trouveraient encore le contenu trop léger, les voilà informés qu'il reste tout un tas de paramètres à régler ! Le type de tank, immobiles ou non, et donc consommateur d'essence ou non, le nombre d'ennemis et leur comportement (avec une I.A. plutôt bien achalandée), sans parler des nombreuses manières permettant d’influer sur le champ de bataille lui-même. Le largage de terre pour ensevelir les opposants, ou le retrait pur et simple d’un bout de montagne, entre autres. D'ailleurs, si un paquet de jeux d'artillerie précèdent Scorched Earth, il paraît que ce dernier ait implémenté la mécanique de terrain destructible le premier. Ça sonnerait presque comme une citation biblique. “Or donc, il fut le premier à détruire paysage et adversaires d'un seul et même obus vengeur.” Presque, hein.

Musique portée disparue
Je ne me suis jamais trouvé aussi embêté qu'aujourd'hui pour écrire le paragraphe dédié à la B.O. d'un jeu vidéo. Scorched Earth ne possède pas le début du commencement d'un essai de bout de morceau ! Pas une seule note de musique qui se lance, aussi bien pendant l'intro que lors des phases de gameplay, ou en accompagnement de l'écran de scoring en fin de partie ! Je sais qu'un seul mec a développé tout le jeu tout seul, et qu'il a sans doute dû choisir ses combats à un moment donné, à grands renforts de “balek de l’O.S.T.” ou de “ceux qui écoutent de la musique sont des raclures.” Je vais peut-être un peu loin dans la spéculation sur le côté anti-mélomane du monsieur, n'empêche qu'il a sorti je ne sais combien de moutures de son bébé, et ce de 1991 à 1995, je crois. N'aurait-il pas plus glisser un début de mélodie entre les versions 1.4.7c et la 1.4.7d ? Même une marche militaire, je m'en fiche, tant qu'il nous ponde de quoi atténuer les affreux bruitages accompagnant les tirs et les explosions. Purée, je n'ai jamais entendu de pires horreurs que ces trucs. Les sifflements stridents des mortiers qui fusent, mon cerveau les avait refoulés bien loin au fond de lui-même, mais le son abrutissant des grosses déflagrations, je n'ai jamais pu l'oublier. Il a attaqué mon ouïe à sa racine pour l’altérer à tout jamais. Je préfère encore le crissement de la Mort dans Gauntlet II. Alors euh... je vais mettre quoi pour meubler cette section, moi ? L'hymne national ? Jamais de la vie. Soirée Disco de Boris ? Même moi je n'oserais pas. Allez, ce vieux chant bizarre de l'armée anglaise, pourquoi pas.
Petite victoire
Allez, je mens un peu en disant que j'ai oublié la PlayStation, quand on a découvert Scorched Earth. En vrai, j'avais encore largement le temps d’y jouer en l'absence de Lester, même si je me gardais bien de lui révéler ce secret.

Il n'empêche que le fait d'avoir connu Worms avant ne m'a pas empêché de m'éclater sur Scorched Earth. Je vois bien les bases modernes qu'il a posées pour rendre le genre addictif. Et là au moins, je peux affirmer que j'étais meilleur que Lester, contrairement à n'importe quelle autre discipline dans laquelle il voulait me confronter. Foot, badminton, tennis, dénichage de crabes sur la plage, notes en physique-chimie… le gars ne lâchait rien sur rien ! Heureusement qu'on n'a pas joué a Scorched Earth pendant des années, il m'aurait forcément privé de cette victoire aussi. Peut-être qu'il s'entraîne sans relâche depuis 1998, dans l'espoir de me rouler dessus un jour sur ce jeu. Purée, il va falloir que je me trouve un paquet d'excuses pour l'esquiver jusqu'à la fin de ma vie.
