SimCity Enhanced
Jeu doudou éternel #9

Type de jeu
Agencement de sprites plus mignonnes les unes que les autres. Sauf celles qui manquent, BOR*** DE M***
Date de sortie Sur NOS MACHINES
1993, le mois de sortie existe quelque part, englouti sous des tonnes de béton.
Développeur
Maxis Software Inc., légende parmi les légendes dans le jeu de gestion. Mangé par EA, légende par les légendes dans… euh non rien.
éDITEUR
Interplay Productions, Inc. quasiment disparu durant les années 2000, pour ressusciter au début des années 2020 grâce à plusieurs petits miracles enchaînés.
SimCity Enhanced : disponible dans aucune zone commerciale, réelle ou virtuelle. Electronic Arts n’a pas daigné lui rendre justice. Pas plus qu’au tout premier. Bande de baraques délabrées !!
Je ne le savais pas à l'époque, mais quand notre premier ordi “moderne” a débarqué chez ma mère en 1995, ce jeu avait déjà pas mal de bouteille. Je ne savais pas non plus qu’il reprenait le gameplay du premier SimCity au détail près, puisque je croyais déjà jouer à la toute première version du tout premier jeu de cette saga mythique. Jusqu'à ce que je découvre le vraiment vrai premier du nom encore plus tard chez un pote nommé Jeffrey Laboratoire. Je n’ai pas osé lui dire, mais je l’avais trouvé super moche par rapport au mien. Parce que le mien, sorti sur CD-ROM et pas sur disquette, il a eu droit à une refonte graphique de dingue, un rafraîchissement de l’interface, et des cutscenes à foison pour dynamiser un peu nos sessions ! Et même avec deux ans de retard, j’ai trouvé ça super incroyable, moi ! Ça rivalisait largement avec les standards de 1995, Worms par exemple, pour prendre le plus graphiquement éclaté de tous. Encore un truc que mon beau-père s'était pris pour lui, et que j'ai pu m’approprier. Il m’a sacrément marqué, le salaud ! Le jeu, pas mon beau-père. Enfin lui aussi, mais si j'en parle ici à la place de SimCity, ça va vite devenir malaisant. Bref, si j’écarte Colonization, que j’ai eu le privilège d’admirer de loin chez mon cousin Walter Valise, je tenais là mon premier jeu de gestion à moi tout seul.
Un remake ? Ah bon ?

Avec tout plein de temps libre pour en explorer les moindres recoins. Sans surprise, le truc m’a complètement rincé le cerveau à grandes eaux. Des eaux usées sorties des égouts les plus polluées des villes les plus mal fichues que je bâtissais tant bien que mal avec mes petits doigts malhabiles. Des eaux qui tachent pour toujours, du genre de tache dont on ne veut jamais se débarrasser.
De briques et de thunes

Alors donc, oui. Parlons-en, de ce SimCity. Nous voici en présence du concept originel de city builder. Notre ancêtre à tous, en tout cas si vous vous considérez comme un grand centre commercial, ou un axe routier très fréquenté. Je suis sûr que des gens comme ça existent. Voir notre ville se développer, les petites maisons apparaître, se combiner en résidences, puis en immeubles de quarante étages, les zones industrielles éparses se changer en grosses raffineries fumantes, et les minuscules commerces devenir d’immenses bureaux remplis de traders véreux. J’ai juste trop adoré. En vrai, j’aurais juste pu me contenter de ça étant gosse. Pas besoin de commissariats de flics pour combattre le crime, de caserne de pompiers pour éteindre les bâtiments en flammes, ou de routes à entrecroiser de partout ! Tout ça ne faisait que me soutirer du fric, et m’empêchait de faire croître ma cité aussi vite que je l’aurais voulu. Bon, en désactivant la possibilité de subir des incendies, je construisais juste une seule caserne pour mon immense agglo, et j’avais au moins la paix sur ce point précis.
Oui, il faut quand même en placer une, parce que sinon les pompiers t'engueulent en permanence via des messages audio ou des cutscenes, même si le feu n'existe pas dans leur réalité à eux. Cutscenes qui portent bien leur nom, puisqu’elles nous coupent littéralement dans notre élan, en apparaissant n’importe quand, quand bon leur semble, emplissant tout l’écran pour mieux nous ridiculiser. En outre, j'annulais tous les désastres. Je détestais ces trucs ! Quel genre de maso aurait envie de s’infliger autant de souffrance ? Chouchouter sa ville comme si votre vie en dépendait, pour la voir se faire détruire par une tornade ou un faux Godzilla ? JAMAIS ! Nan, juste construire, construire, construire, et rien d’autre. Et placer des parcs, sauf l’un des sprites qui apparaissaient aléatoirement parmi les quatre ou cinq disponibles. Car aussi con que ça paraisse, cette image précise faisait augmenter le crime, et pas les autres. Du coup je le détruisais et le recréais aussitôt.


Allez comprendre, peut-être que les développeurs ont intégré une petite blague, en mode “allez, ce parc-là, il sera rempli de pervers et de dealers, personne ne va remarquer lol.” Je me demande bien comment j’ai compris ça, vu que je ne matais pratiquement jamais les graphiques qui permettaient d'analyser la santé de la ville autrement qu'en se faisant interrompre toutes les deux minutes par des cutscenes d'employés municipaux en colère. Phrase trop longue ? Ouais, tant pis. Il faut croire que je vérifiais quand même la progression du crime de temps en temps. La circulation, la pollution, le prix du logement… etc. Rien à fiche de tout ça. Je me contentais de lire le bulletin annuel des finances, sur lequel on n’a pas beaucoup de marge de manœuvre : gérer les taxes, allouer le budget aux flics, pompiers et transports, et voilà. Alors évidemment que je me consacrais à la construction des baraques, des boutiques et des usines !
Au bout d’un moment, je me retrouvais bien emmerdé, parce que je gagnais genre soixante-dix ou quatre vingts dollars par an, avec toutes les charges que j’avais. Et avec un salaire comme ça, on ne bâtit presque plus rien, puisqu’une seule zone de base en coûte cent. Alors comment on fait, quand des notifications apparaissent comme quoi les citoyens réclament un stade à trois mille boules, qu'il faut bâtir une nouvelle centrale pour pallier aux coupures de courant, ou encore pire, quand le commerce vous demande de faire pousser un aéroport ? Allez, dix mille billets à sortir ! On utilise quel stratagème, hein ? Surtout qu'on ne peut rien revendre. Même retirer des trucs de notre ville avec le bulldozer, ça coûte des thunes ! Rien de plus logique en vrai, mais ultra frustrant. On peut toujours filer un peu moins de fric aux flics ou aux transports, mais pour laisser monter le crime, et voir les routes se désagréger petit à petit ? Non merci !


Et voilà que les petites vidéos surgissent de plus en plus souvent, expliquant tout le bien que les personnes lésées dans l’histoire pensent de nous. Au moins, on peut les désactiver, contrairement aux notifications sonores. Mais virer les cutscenes, c'est se priver de magnifiques moments de bizarrerie vidéoludique. En vrai, il s’en dégageait parfois une vibe ultra glauque, parfois assez flippante, ou au contraire juste trop marrante. Quand un mec, en train de crever dans un nuage de fumée radioactive, vous insulte parce que vous avez mal fait votre boulot, ça remue. Surtout à dix ans. Le commissaire qui nous menace de nous taser si on ne lui file pas de subventions, le capitaine des pompiers qui nous hurle dessus en sortant d’un bâtiment en flammes, un corps dans les bras… comment expliquer ? Disons qu’Alien ou Halloween, ça m’a moins terrifié que ça. Mais quand on “espionne” les habitants, ce qui lançait une vidéo au hasard parmi une dizaine jouant des scènes ultra caricaturées de la vie quotidienne, on s'éclate bien.
Avant, on pouvait écrire ça sur la boîte du jeu en le vendant comme du contenu révolutionnaire. Si si. En tout cas, au niveau de l’acting surjoué, je me demande si ça ne va pas encore plus loin que Command & Conquer. Ce dernier a forcément puisé son inspiration là-dedans. Effet encore renforcé par le doublage en français, j'imagine. Aujourd’hui encore, j’ai quelques phrases qui se rejouent toutes seules de temps en temps dans ma tête. “Fuzilla arrive, FUZILLA ARRIVE !” chaque fois que je vois Godzilla quelque part. ““N’essayez pas de bâtir des routes, sur des zones déjà construites. Ça ne MARCHE PAS COMME ÇA !” Dommage que les SimCity suivants n'aient pas conservé cette feature. Sinon, je vous ai déjà dit que j’adorais construire, dans ce jeu ? Oui, d’accord, mais pourquoi ? Parce que les graphismes me fascinaient à un niveau presque inégalé aujourd’hui. Seul Heroes III doit proposer un pixel-art plus magique encore, pour situer l’exploit. Je les adorais toutes, ces images de baraques (même celles des pauvres, promis).


Quand je jouais à SimCity et qu’ensuite je sortais dans la rue, je finissais fatalement par comparer les immeubles que je voyais à ceux qui existaient dans le jeu. Et rien n’occupait mes trajets mieux que ça. Par contre, je détestais d’autant plus quand certaines zones résidentielles se changeaient en hôpitaux ou en églises. Genre, on observe de jolies petites maisonnettes s’agglomérer en une mignonne résidence en brique rouge, qui grossit, grossit, et BAM ! Ça devient une église toute dégueulasse ; parce que pour le coup, ces sprites étaient immondes. Sérieux, pourquoi avoir codé le truc comme ça ? Ajoutez juste ces bâtiments à la liste des constructions disponibles, au lieu de défoncer mes logements ! Parce que franchement, on a vite fait le tour du contenu, ça n’aurait pas fait de mal. Un stade, un port, un aéroport et deux types de centrales électriques. Je sais qu’on n’est qu’en 1993, mais quand même ! Le version Super NES a le même âge, et elle propose plus de choix, ça craint un peu, nan ? Ah oui, j’oubliais le commissariat et la caserne.
Mais ces machins-là, moins j’en plaçais sur la map, mieux je me portais. Y a juste le poste de police qui m’a fait marrer les premiers jours, affichant un énorme PD jaune sur son toit. Lolexpldr, quoi. Police Department, j’ai compris genre six ans plus tard qu’on ne se faisait pas juste insulter par de gros homophobes de flics. Restait alors la possibilité de créer des chemins de fer comme des routes. Il existait même une manière de tromper le jeu, à savoir ne pas faire de routes du tout, mais seulement des rails, évitant ainsi pollution et problèmes d'embouteillages, tout en résolvant les besoins en transport. Perso, je n'ai jamais réussi à me créer des lignes fonctionnelles. Peu importe que je remplisse la carte de trains, j'avais toujours le responsable des transports qui me disait “Le réseau de voies ferrées, est inadapté !” Mec, laisse-moi caser trois ou quatre maisons sur la carte, steplait. Il existe d'autres jeux pour les accros aux locomotives comme toi.


Courant 2021, une nouvelle déferlante de nostalgie pour SimCity Enhanced m’a percuté en pleine face. Je l’ai racheté, ou plutôt trouvé gratos sur Abandonware il me semble, EA n’avait qu’à se bouger. Je l’ai aussitôt réinstallé, rien que pour admirer ces jolis sprites à nouveau. J’ai ricané de plaisir en écoutant les sons super simplistes (mais tellement charmants) qui accompagnent les constructions de routes ou les installations de zones industrielles. J’ai replongé avec bonheur dans ce titre que je pouvais refaire tourner les yeux fermés, en retrouvant l’atmosphère qui m’avait tant marqué à dix ans. Et j’ai ragé à nouveau quand les hôpitaux et églises ont pourri mes jolis quartiers résidentiels. Mais toujours aussi envoûté par ce pixel-art indémodable, j’ai voulu me faire une petite liste personnelle, en classant les différents bâtiments par densité et par valeur foncière. Parce que les screens en noir et blanc de la notice, euh… trop cheum quoi.
Déjà, je savais qu’on ne pouvait jamais bâtir le second type de zone industrielle, qui n'apparaissait que dans les scénarios pré-conçus. Pas de souci, il a suffi d’en lancer un pour prendre les screenshots nécessaires. Par contre, le temps avançant, j’ai constaté qu’il me manquait toujours les mêmes zones commerciales. Sur les images dispo en ligne, impossible de mettre la main dessus. Pareil dans les vidéos de gameplay. Bordel de bordel, ça m’a frustré à un point ! J’ai essayé de trouver un moyen d’extraire les images du jeu à partir des fichiers data, pas réussi. J’ai fini par écrire un post sur Reddit, en espérant que quelqu’un aurait déjà vécu ce calvaire insoutenable, et aurait trouvé la solution. Résultat, zéro commentaire, juste un tout petit upvote deux mois plus tard. OK ! Mon obsession n’a aucun sens, d’accord ! Je laisse tomber. C’est très dur, mais je laisse tomber.

SilenceCity
Alors oui, euh. Hum. Un mot sur la musique ? La musique au singulier, hein. Parce qu’à part l’intro qui dure quinze secondes, on n’a rien à se mettre derrière l’oreille. Dommage, quand on voit à quoi on a eu droit par la suite. Sur SimCity 3000 notamment, il y avait de ces compos de fou ! En 1993 non, on croyait encore qu’on pouvait s'enjailler sur un jeu sans écouter quoi que ce soit. Bon, en vrai, je m’éclatais quand même, évidemment. C’est un peu drôle, parce qu’on a bien un certain Brian Luzietti crédité pour cette intro (un gars de chez Interplay, visiblement, qui a aussi tafé sur Fallout, M.A.X., et plein de jeux de sport, vraiment plein plein). Mais un autre mec a droit d’apparaître en tant que compositeur des autres titres. Titres qui n’existent pas, donc. Mystère. Ça m'obsède moins que les zones commerciales fantômes, mais ça m'agace quand même. Les jingles qu’on entend durant le cutscenes, peut-être ? Je ne m’en souviens pas, j’avais trop peur de ce que je voyais pour écouter quoi que ce soit.
SimObsolescence
Lorsque j’y ai rejoué en 2021, passé le bonheur suprême de revoir ces petites maisons et petits commerces reprendre vie, j’ai quand même vite trouvé SimCity chiantissime. Pas de gestion de l'eau potable ou des déchets, pas d'interactions avec les autres villes au-delà des limites de la map, map qui ne propose qu'un terrain plat et de l'eau, d'ailleurs. Les recours quasi inexistants pour gérer nos finances…

Peut-être aurais-je dû essayer de balancer un désastre ou deux, histoire de voir ce que ça fait au moins une fois dans ma vie. Bah alors, méga surcoté ce jeu, ou quoi ? Mais non, mais non, ça envoyait grave en 1993/94/95. Passé le début du XXIème siècle, euh… ça sent un peu le renfermé, mais pas plus que Warcraft II, Doom II, ou Magic Carpet, hein. Allez, je le relancerai un de ces quatre pour me reprendre un shot de nostalgie, et essayer de finir une année fiscale à gagner plus de cent cinquante dollars. Merci à toi SimCity Enhanced. Merci de m’avoir autant fait rêver avec trois pixels d'un parking de supérette ou de hall d’immeuble. J’ai un peu peur de traîner dans les parcs à cause de toi, mais ça ne gâche en rien les heures de fascination obsessionnelle que tu m’as procurées.
