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Saga : Rage of the Vikings

Jeu méga Cruel #9

Type de jeu

Tentative de sortir un RTS, longtemps après tout le monde, et beaucoup moins bien que tout le monde.

Date de sortie sur nos machines

Mai 1999, mais à prendre avec des pincettes, vu qu’absolument PERSONNE n’en a rien à carrer de ce jeu.

Développeur

Cryo Interactive Entertainment, quelques succès comme Dragon Lore et MegaRace, mais aussi beaucoup de crotte.

éDITEUR

Cryo Interactive Entertainment, dont le nom évoquait déjà le travail bâclé à cette époque, et qui à terme a fini dans les entrailles de Microïds.

Saga : Rage of the Vikings : Disponible sur... Ehhff. J’ai espéré le trouver sur GOG.com et Steam, mais même là-bas, personne n’en a voulu.

Ce jeu, je ne me souviens plus comment, mais je l’avais installé sur mon ordi. Forcément, hein, pour y jouer il fallait bien l'installer. Je crois que je l’ai vraiment voulu, celui-là. Il n'est pas tombé du ciel comme Rayman et Wing Commander IV avant lui. Je l’ai réclamé, ou je me le suis acheté tout seul après avoir lavé vingt fois la voiture, séduit par la promesse de voir ce que donnait cette fameuse rage des Vikings à l’écran. À cette époque, je nourrissais une addiction assez conséquente envers les RTS. Comprendre que j'avais pour objectif d'en ingurgiter le plus possible, le plus vite possible. Total Annihilation m’enlaçait toujours aussi fort entre ses énormes bras d'acier, et Age of Empires m'envoyait encore quelques piqûres de rappel sous forme de projectiles de baliste. Mais la perspective d'en tester un de plus, alors que j'avais déjà délaissé Dark Reign, bah ça me plaisait plutôt pas mal du tout. Au final, je l’ai lancé une dizaine de fois en tout, ce Rage of the Vikings. Et encore, j’ai persévéré parce que j’avais très envie de me plonger dedans, et que ça faisait beaucoup de fric balancé à la poubelle si je lâchais l'affaire. En fait, je n’y comprenais rien ; pour la première fois dans un jeu de stratégie, je me retrouvais bloqué parce que je ne savais même pas comment faire évoluer mon village, récolter telle ressource ou recruter tel abruti en armure. En cherchant à réécouter l’O.S.T. sur YouTube pour intégrer les morceaux à ma playlist nostalgie des jeux vidéo, j’ai lu pas mal de commentaires.

Blocage of the Vikings

Tous, sans exception, vantaient les mérites de ce bijou sous-estimé de stratégie, à quel point cela avait bercé leur enfance et enchanté leurs journées. Pas un seul ne râlait contre les bugs, le manque d’informations disponibles, les features qui ne fonctionnaient pas, et euh… les mille autres soucis qui plombaient ce jeu. Avais-je raté quelque chose à l’époque ? Impossible qu’autant de monde ait adoré Saga : Rage of the Vikings, sans que je ne décèle ce qui en a fait le charme. Je veux bien admettre ne jamais avoir été très doué pour quelque jeu que ce soit, mais je savais quand même dans quelle direction aller ! Pourquoi ici mon cerveau restait bloqué ? Pas seulement parce que je devenais un pré-ado perdu dans la lune. Ça mérite une petite enquête !

Rage of the… euh, everything

Bon, en cherchant un peu en dehors des commentaires YouTube, on voit qu’un pléthore de gens ont également détesté ce Saga Rage Truc. Ce genre de personnes ne commente juste pas les vidéos de jeux qu'ils exècrent ; ils n'étalent pas leur seum partout pour qu'un maximum de monde remarque qu'ils n’ont vraiment, vraiment pas aimé ce film ultra féministe, ou cet album à la solde des wokes. Ah bah oui, c'est souvent dans ce sens-là, deal with it, les droitards. Dans le cas de Rage of the Vikings, vous n'avez pas trop chouiné, et rien que pour ça, vous méritez un big up. Mais étendez votre raisonnement à toutes les œuvres, merci. À moins que vous n'ayez éprouvé qu'une sombre indifférence envers lui, ce qui me paraîtrait plutôt logique. En replongeant un peu dedans, j’ai vite compris pourquoi. Interface bordélique à souhait, graphismes ultra dépassés même à l’époque, décors pauvres à en pleurer qui n’ont rien de Viking, celtique ou autre, animations pitoyables, rythme complètement bizarre, combats incompréhensibles, réactions des unités super débiles.

Ah oui, là on tient une masterclass de stratégie ! Faire tout moins bien que War Wind, sacré exploit. Nan mais, quand on doit recommencer cent fois la même mission parce que nos soldats détruisent un bâtiment dès qu’il entre dans leur champ de vision, alors que l’objectif est de le piller sans le casser, tout ça parce qu’on n’a pas le temps de cliquer sur le bon bouton du menu trop mal foutu avant que notre armée crame l’entrepôt en question… il y a de quoi devenir zinzin. Ajoutez à cela une campagne inexistante donc pas de scénario global, ni de missions liées entre elles qui forment un tout, juste de simples maps aux objectifs parfois irréalisables. Par exemple : vaincre une armée avec un seul guerrier, car les autres unités sont bloquées sur une île, et il n’existe aucun moyen de construire ou capturer de bateau. En fait, je veux bien remonter le temps, mais pour lâcher ce jeu moisi beaucoup plus vite que la première fois. Quel enfer, ce truc ! Pourquoi est-ce que j'ai autant voulu l'aimer ?

Bah parce que. Je m'acoquinais parfois avec des individus pas super fréquentables, qu'ils soient réels ou vidéoludiques (mais en vrai, surtout vidéoludiques). Qui durant l'enfance n'a jamais forcé un peu plus que de raison sur un jeu mal fichu ? Qui peut se targuer de n'avoir aimé que des légendes mythiques du dixième art avant la puberté ? Presque tout le monde et presque personne, respectivement. Voilà. Rage of the Vikings fait partie de ces erreurs que j'ai câlinées, malgré ses défauts. Pas câlinée beaucoup, mais quand même assez pour devoir me justifier. Bon et puis, il faut bien admettre que dans tout ce marasme, de bonnes idées parviennent à pointer le bout de leur nez, parfois, de temps en temps, quand les bugs et les mécaniques flinguées le permettent. Déjà, toutes les races jouables possèdent leurs représentants masculins et féminins, quelque chose d’assez rare pour le souligner, dans le monde ultra viril des RTS. Oui euh… là encore, on n’échappe pas aux clichés sexistes qui régissent notre société, et celle de vikings virtuels pas tout à fait fignolés comme il faut.

Ainsi, les hommes s’appellent guerriers, tandis que les femmes… restent catégorisées femmes. Pourtant elles ont accès aux mêmes activités, à savoir construire, récolter des ressources, se battre, mais aussi se reproduire ! Enfin, ça dépend des factions, en fait. Est-ce que quelqu'un veut vraiment les détails ? Nan, j'crois pas. Allez on enchaîne. La reproduction, en voilà une feature intéressante : le fait d’envoyer un mecton et une gonzesse dans une maison pendant quelques minutes pour les voir ressortir à trois au lieu de deux. Petit détail pratique, la progéniture n’apparaît pas sous forme d’enfant, mais d’adulte déjà formé et éduqué. On n'est pas dans les Sims, hein. Mais ça change du bouton “créer unité”. Alors, il paraît qu’on peut faire se reproduire des individus d’espèces différentes, genre humain avec nain, elfe avec troll, des trucs du style. Alors, il paraît qu’on peut faire se reproduire des individus d’espèces différentes, genre humain avec nain, elfe avec troll, des trucs du style.

Je n’ai jamais vu ça du temps où je jouais, mais nom d’un farfadet à barbe arc-en-ciel, ça m’aurait fait peur. Que fait la police ? Heureusement, ça ne donne pas vie à des aberrations hybrides, mais simplement un représentant de l'une ou l'autre espèce,  choisi aléatoirement. Mais est-ce vraiment mieux ? Aucune idée. Lancer le chantier d’un bâtiment envoie les gens couper du bois pour… bah pour la charpente, les poutres et les planches, tout ça. Ça n'aide pas à la fluidité de l’ensemble, mais ça le rend plus crédible ; une qualité dont ce jeu a bien besoin. Un cycle de saisons (été / hiver, faut pas pousser non plus), ne change pas grand chose, à part que le paysage devient blanc et l’eau gèle quand il fait froid. Et encore, juste sur le bord des plages, je ne crois pas avoir vu d’autres paramètres changer. Enfin, l’asymétrie entre les différentes races jouables, non seulement au niveau de leurs caractéristiques physiques, mais aussi leur savoir-faire, ça fait plaisir.

Par exemple, les nains peuvent extraire le métal des montagnes. Si on ne joue pas les nains, il faut donc commercer avec eux pour récupérer ce fameux minerai. Dommage que je n’aie jamais compris comment faire du temps de Windows 98. Dommage aussi que dans la moitié des missions, on nous demande de dépenser du métal, et pas le moindre nain avec qui interagir ne pointe le bout de sa grosse barbe. Mais de qui se fout-on ? Les développeureuses ont testé leur projet plus de dix minutes, ou quoi ? Entre ce jeu qui n’explique rien et les applis d’aujourd’hui où on te guide par la main sans jamais te lâcher, on peut trouver un paquet de nuances sympathiques, non ? J’ai cru voir un bâtiment permettant de recruter des unités d’autres factions, dans certaines vidéos. Seulement des femmes, d’ailleurs, les hommes ne se vendent pas dans Saga : Rage of the Vikings. Voilà.

Pour quoi faire ? Pour envoyer une géante et un centaure faire des bébés ? Uuuh quelle horreur. Nan mais embaucher un nain ou deux pour nous refiler du métal, ça d'accord ! Parmi les autres mécaniques que j’ai réussi à capter dans les reviews de gameplay faites par des personnes très motivées (il n’y en a pas beaucoup), je retiens l’honneur, qui sert à soumettre des ennemis quand leur valeur est plus basse que la nôtre. Notons que tuer une femme, ou une femelle de n’importe quelle race fait baisser l’honneur, mais pas les hommes. Une femme, ça se protège et se chouchoute, vous ne saviez pas ?  J’ai vaguement lu çà et là que certaines unités pouvaient atteindre le rang de druide, pour leur donner accès à la magie. Mais rien vu sur YouTube à ce sujet, et encore moins via mes souvenirs de ma propre expérience. Ouah, trois unités différentes par faction ! Homme, femme, et druide. Sachant que les hommes et les femmes n'ont qu'un skin différent, mais fonctionnent exactement pareil.

Et puis, celles et ceux qui ont lu ce texte sans mourir d'ennui ont pu noter la présence de différentes races jouables. Sept au total, avec des variations de gameplay parfois notables, parfois apparaissant comme de gros malus balancés au visage, parce que et juste parce que. Je n’ai jamais réussi à toutes les incarner lors de mes aventures de l’époque ; entre les cartes buggées, les bases ineffectives et les missions impossibles à accomplir, j’ai à peine entrevu le bout d’une cahute de troll ou un arbre d’elfe. Je note surtout qu’en fait, seuls les centaures autorisent leurs femmes à se battre, et pas toutes les nations jouables, comme je le croyais. Femmes ? Centauresses ? Femelles ? Jumentaures ? Purée j’en sais rien. En tout cas, pas si progressiste que ça, le jeu au final. Une épopée sur les Vikings pourtant… franchement, c’était l’occasion rêvée de concevoir des guerrières. Tant pis, hein. C’est sûr que ça n’aurait pas boosté les ventes, là-dessus on ne peut qu’acquiescer. Mais ça n’aurait clairement pas été le problème.

Bangers of the Vikings

La bande-son nous vient d’un certain Robert Basarte. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos sur lui, à part qu’il a bossé sur le film Le Boulet avec Benoît Poelvoorde, et qu’il a gratté un peu avec le groupe Pigalle. Il n’a même pas de page Wiki, le pauvre ! Reste que le peu d’ambiance nordique / viking / grands froids hostiles qu’on peut trouver dans Saga machin, c’est grâce à lui. Sans Robert, zéro immersion, zéro identité ; pas étonnant, vu la tronche des graphismes qu’on se paye, et le vide sidéral des plaines moribondes que l’on traverse. Qu’on alterne entre le rock un peu torturé, les mélodies guillerettes à la flûte, voire des choses un peu plus électroniques, bah on se croirait presque au milieu d’un fjord à fracasser nos ennemis à coup de hache, torse nu par moins dix degrés. Tant qu’on ne regarde pas l’écran, hein. En voilà au moins un qui avait compris comment rendre un jeu attractif, bordel. Envoyez Robert Basarte se reproduire dans une maison avec une Elfe ou une Trolle, peu importe, tant que vous pouvez changer leur progéniture en développeurs capables de produire un Rage of the Vikings mieux équilibré, nettoyé de ses plus gros bugs, doté de vraies campagnes solo… etc. Oui je sais, en général quand un jeu se plante, c'est rarement la faute des gens qui travaillaient réellement dessus. Force à vous, soutien et tout dans cette période pas facile. Enfin, cette période finie depuis longtemps, mais soutien rétroactif, quoi. Nan mais, écoutez-moi ça ! Si le gameplay arrivait ne serait-ce qu’à la cheville de ce morceau, ça aurait explosé les ventes d’Age of Empires II, facile.

Saga : Rage of the Vikings (PC) - Fly My Little Bird
00:00 / 03:19

Garbage of the Vikings

J'imagine que personne ne va contredire le fait que ce jeu ressemble à une démo pas finie, un projet bâclé qui aurait nécessité plusieurs mois de développement supplémentaires pour se faire une place dans le marché saturé des RTS à la fin des années 90. Il me semble que le studio Cryo en connaissait un rayon sur les projets inachevés, avant de mettre la clé sous la porte en 2002. La preuve, il existait même un onglet dans le menu qui proposait des mises à jour pour ajouter du contenu et corriger des bugs. Mais pour ça, il fallait rejoindre une page internet obscure et télécharger des machins. Je n’ai jamais osé cliquer sur le bouton en question, ce type de méthode me faisait bien trop peur. J’étais persuadé que ça ne fonctionnerait jamais, et que ça balancerait plein de virus sur l’ordi de beau-papa. Forcément, beau-papa ne faisait que répéter que si ses ordis cramaient, c’était forcément la faute de mes jeux vidéo. Il m’a bien berné avec cet argument à la noix, le salaud. J’avais aussi peur que ça nous bouffe tout notre forfait, ou que si la connexion se coupait en plein téléchargement, ça détruise le jeu à tout jamais. Je ne faisais pas partie des gamins les plus courageux, même devant un PC. Même insulter l’IA qui me mettait la misère à Warcraft III, j’avais peur de lui dire des méchancetés. Par contre, envoyer les fachos qui pullulent sur League of Legends manger leurs morts, ça ça va, pas trop compliqué à faire. Malgré tout, si j’avais pris le temps d’étudier le concept de Rage of the Vikings pour apprendre à en maîtriser les subtilités (comprendre : contourner les machins qui ne fonctionnaient pas), j’aurais sans doute passé de très bons moments. Et j’aurais moins joué à Starcraft ou Total Annihilation, quoique).

Et qui sait, peut-être que ce fameux menu qui nous envoyait sur internet pour améliorer le jeu, ça fonctionnait pour de vrai ! Et voilà d'où viendraient les commentaires élogieux que j'ai lus : de gens qui ont eu le courage de cliquer sur ce fameux bouton. Pas certain que beaucoup de mes amis m’auraient suivi dans l'aventure de Rage of the Vikings. Ai-je même osé parler de ce jeu à qui que ce soit ? Je ne crois pas. En 1999, il y avait mille et une choses plus intéressantes à faire que de se prendre la tête sur un projet codé avec des coudes enduits de goudron à plumes. Dommage, parce que le lore, le nombre de camps différents et leurs interactions possibles, ça aurait pu donner envie. Heureusement qu'un certain Heroes III est venu remettre un peu d’ordre dans tout ça quelques mois plus tard… en me rendant addict à la stratégie au tour par tour, au lieu du temps réel. Tu parles d'une évolution.

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