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Sub Culture

One-Shot de ouf #10

Sub Culture, PC, Ubisoft

Type de jeu

Premier programme de dépollution de l’océan, sans doute mis en place par de dangereux éco-terroristes

Date de sortie sur nos machines

Novembre 1997, autrement appelé le mois 11 de l’an 0 de la méga hype pour la 3D intégrale.

Développeur

Criterion Software, qui a aussi fait Burnout 2 yeeeess ! Aujourd’hui bloqué dans une boucle Battlefield / Need for Speed

éditeur

Ubisoft, d’anciens éco-terroristes reconvertis en… euh… non rien.

Sub Culture : disponible sur... bah rien. Oublié, laissé à rouiller dans l’eau salée. Bravo les écolos de chez Ubi.

À la grande époque où les PC devenaient obsolètes en trois semaines, j'ai eu du mal à suivre l'évolution des machines que mon cousin Walter Valise se construisait tout seul, à partir de pièces détachées toutes plus futuristes les unes que les autres. Les jeux s'enchaînaient à une vitesse incroyable sur son écran. Il fallait ingurgiter le plus de dingueries possibles, pour éviter le FOMO vidéoludique qui nous caractérisait tous durant la seconde moitié des nineties. Enfin, tous les enfants de ma génération, surtout les mecs, et seulement les plus accros aux jeux vidéo ; c'est-à-dire dans mon entourage proche, Walter et moi. Et uniquement Walter, si je rajoute “seulement ceux qui avaient les moyens de suivre l’hystérie des nouvelles cartes vidéo, barrettes de RAM et processeurs toujours plus PUISSANTS !!” Peut-être que l'intéressé aurait un avis différent et un peu moins réducteur sur le sujet. Toujours est-il que je découvrais parfois plusieurs jeux en une journée passée chez lui, pour ne plus jamais les revoir. Parmi ceux que je n’ai pas oubliés, il y a eu Wargasm, P.O.D., mais aussi Sub Culture. Je ne l'ai vu tourner que quelques heures, je n'ai jamais piloté le sous-marin de notre avatar, car lors de ma venue suivante, cousin Walter avait déjà racheté un nouveau disque dur et une nouvelle carte-mère.

La tête sous l’eau

Sub Culture, PC, Ubisoft

Sub Culture avait déjà atterri dans son placard à vieilleries super dépassées. Mais cette session éclair semi passive m'a suffi pour ajouter ce titre à la liste de mes one-shots mémorables. Parfois, la vie nous fait obséder sur des broutilles. Et puis ces obsessions peuvent se produire plus souvent que parfois, quand elles ne me réveillent à trois heures du matin, absolument toutes les nuits depuis que j’ai treize ans. J'ai besoin d'un exorcisme, je crois.

Beauté de l’eau, mais pas des visages

Sub Culture, PC, Ubisoft

Déjà, j'ai trouvé le jeu magnifique quand j'ai vu les premières images. Pas seulement parce ça côtoyait ce qui se faisait de mieux en matière de monde à peu près ouvert tout en 3D, mais aussi parce que ça se passait sous l’eau, tout en dégradés de bleu et de vert, du moins pour tout ce qui concerne les paysages océaniques. Et puis j'ai vu Walter ramasser un mégot de cigarette plus gros que son propre sous-marin à l'aide d'un treuil. “C'est pour le vendre, et avec l'argent je pourrai améliorer la résistance de la coque”, m’a-t-il expliqué. J'ai compris que je n'avais pas juste affaire à une bête simulation d'exploration de récifs aquatiques. Mon cousin jouait à mille trucs, mais pas à n'importe quoi. Il avait sa dignité, qui l’amenait à tester des jeux toujours un peu niche, toujours dotés d’un gameplay assez original. Tant pis pour les purs RPG ou les jeux de fight classiques. Jamais je n’ai vu Walter se taper sur Street Fighter II, ou éclater des lapins dans Secret of Mana, trop triste.

Du coup pour le lore, j'ai appris qu'on incarnait une sorte d'humanoïde miniature dont la maison a été pulvérisée par une boîte de conserve, sans doute jetée à la flotte par un climatosceptique quelconque. On se retrouve à bord de notre submersible, visiblement la seule possession qu’il nous reste après le drame, à fouiner les environs à la recherche de trucs à vendre. Du tabac, du métal, et du minerai radioactif. Il aurait suffi d'ajouter le plastique et le mercure à la liste, et on était pas trop mal sur le dossier écologique. Peut-être qu'il y en a tellement que personne n'en veut, ça ne doit rien rapporter en fait. Mais à qui ce “personne” fait référence ici ? À deux nations plus ou moins en conflit larvé, l'une victimisant l'autre plus ou moins officiellement, et l'autre se rebellant avec plus ou moins de panache. Je dis plus ou moins, parce qu'au fil des missions que l'on accepte pour un camp ou pour l'autre, le scénario va se dévoiler à divers degrés, selon le point de vue de l'un ou l'autre.

Sub Culture, PC, Ubisoft
Sub Culture, PC, Ubisoft

On en apprend plus ou moins sur les tenants et les aboutissants de chacun. Plus ou moins mal expliqué ? Absolument ! En tout cas, du peu que j'ai vu, j'ai adoré découvrir ce monde à la fois immense et minuscule, dans lequel des individus grands comme des crevettes récoltent des capsules de bière et extraient des cristaux de thorium pour prospérer, apparemment sans que le moindre être humain n'ait jamais remarqué leur présence. Sinon on aurait interdit depuis longtemps aux gens de jeter des déchets dans l'océan, pas vrai ? Je veux dire, vraiment interdit, pas interdit vite fait comme aujourd'hui. Nan ? Oh, je préfère ne pas savoir. Misère de misère. Enfin, qui dit missions à effectuer, dit progression, dit améliorations possibles pour notre sous-marin super stylé (qui devient stylé à terme, en tout cas). Comment ai-je pu zapper cette feature qui me fait toujours sangloter de joie dans n'importe quel jeu vidéo ? Meilleurs boucliers, meilleur moteur, tazer plus puissant, ajout d'un canon à bulles latéral, grappin plus résistant… la folie.

Pas besoin de se racheter un meilleur engin, comme dans U.N. Squadron ou Wing Commander IV ; notre bestiau de base fait parfaitement l'affaire. Et voilà que les poissons bouffeurs d’hélices ne nous effraient plus, qu’on peut tracter cette épave autrefois trop lourde pour la faire recycler, où que ces pirates explosent bien plus facilement qu'avant. Plus notre sous-marin pousse de la fonte, plus il nous ouvre l’accès à de nouvelles activités lucratives. On accède aussi à des zones jusqu'alors bloquées pour notre bleusaille de pilote. S'acoquiner avec telle ou telle faction fera baisser les prix d'achat, mais vendre trop d'une certaine marchandise à la même entité nous rapportera moins aussi. Un peu comme dans Colonization, tiens. Et même je ne parle pas juste de ce qu’on ramasse dans les fonds marins, mais aussi plein d’autres produits comme le caoutchouc, la bière d’algue, du méthane ou du caviar. À quoi servent ces trucs ?

Sub Culture, PC, Ubisoft
Sub Culture, PC, Ubisoft

Tiens, faut que j'aille me renseigner, huhehehahaha. Bon en vrai, je préférais toujours choper le maximum de capsules de bière, comme quand j'avais six ou sept ans, et que j'ai succombé à une brève obsession. J’en ramassais par terre dès que je pouvais. Je voulais trouver un exemplaire de chaque capsule différente au monde, et j’étais persuadé que j’allais y arriver. Super projet. J’ai échappé de peu au tétanos et à la gale, à mon avis. Quoi d'autre ? Plein de choses. Impossible de tout lister. Le moteur 3D qui gère la physique, déjà. On se sent vraiment dans l'eau, avec une inertie qui demande qu'on fasse un peu connaissance avant de pouvoir manœuvrer notre submersible correctement. Des courants peuvent nous embarquer avec eux, des crevasses peuvent nous engloutir si jamais on passe trop près en transportant une marchandise trop encombrante. La nuit tombe et le jour se lève, ce qui influence la faune que l'on peut croiser.

On ne se trouve jamais à court de ressources à récupérer, vu que les humains balancent toujours autant leur merdier à la flotte. Merci d'être d’aussi gros crasseux, j'imagine ! Sauf quand ça écrase des baraques, hein. J'aime beaucoup l'interface également, qui me rappelle Fallout dans son style un peu futuriste usé, rouillé et rafistolé. Mais Fallout est sorti à peine un mois avant Sub Culture, et encore, juste aux U.S. Donc n'y voir aucun rapport. Il y a tout de même un souci à relever. Si les tronches pas possibles des gens que l'on croise me rappellent les pires portraits de Master of Orion II, celle de notre protagoniste pose un gros problème. Lui et d'autres, d'ailleurs. Pitié, j'espère que de nos jours, plus personne doté d'un cerveau fonctionnel n’oserait représenter des personnes Noires de cette manière. Ça ne m'a même pas choqué à l'époque, quel enfer !

Sub Culture, PC, Ubisoft

Versatile comme un poisson dans l’eau

J'ai galéré de ouf à trouver qui a signé l’O.S.T. Tellement que je ne sais toujours pas. Le nom de Versatile revient souvent, mais personne ne semble savoir de qui il s'agit. Un studio ? Un pseudo de compositeurice ? L’I.A. de Google qui me parle quand je cherche sur Chrome alors que je ne lui ai rien demandé. Surtout qu’elle m'a affirmé que Yuzo Koshiro avait réalisé la B.O. HAHAHAHA ! Pourquoi pas Björk ou Mozart, tant que tu y es ? Gemini, franchement, tu sors ça d’où ? N'importe quoi ! T’es complètement débile, mon pauvre ! Ne me donne plus jamais ton avis, même si je te le demande, est-ce que c’est clair ? Bien sûr, je ne lui ai jamais rien dit de tout cela. Je reste une victime, même face à des lignes de code qui m'écrivent. Bon, du coup bravo à Versatile, qui ou quoi que tu sois. Je n'avais évidemment aucun souvenir de ces morceaux, que je n'ai peut-être même jamais entendus. Il y a de l’ambient contemplative et mélancolique là-dedans, de l’ambient sombre et angoissante, et un peu plus réveillé parfois, mais pas trop non plus. Évidemment ça colle à l’univers immergé en permanence sous des milliards de litres d’eau. Ça aurait pu convenir pour Ecco Tides of Time aussi. J'aurais juste aimé en avoir plus à me mettre derrière les oreilles, parce que j'aime vraiment bien. Vingt-deux minutes de bande son, ça passe pour un plateformer comme James Pond, ou un jeu d'action comme Gauntlet II, tiens. Pas pour un jeu d'exploration / gestion / raffinage de minerai radioactif et compactage de tabac. Cela dit, j'aurais encore plus adoré si la nostalgie avait posé son grappin dessus. Comme notre sous-marin sur une jolie capsule de bière.

Sub Culture (PC) - Track 2 (Peaceful)
00:00 / 02:29

Coup de sous-marin dans l’eau

Ah ouais ! Qu'est-ce que j'aurais aimé y jouer, à celui-là ! Il avait plein de trucs à proposer, et n'a pas mérité cette indifférence de la part du public. Les critiques de magazines lui avaient pourtant donné de bonnes notes, pour la plupart. Sub Culture a même loupé le titre GameSpot du jeu le plus original de 1997. Titre raflé par… Dungeon Keeper. D'accord, impossible de gagner contre lui, donc sacré exploit d'arriver deuxième, en fait. C'était prestigieux un titre GameSpot ? J'en sais rien, mais j'ai très envie de croire que oui. Cousin Walter avait vu juste, en tout cas. Il a su repérer la perle, contrairement aux masses qui ne devaient jurer que par les Red Alert, Total Annihilation, Quake II ou Jedi Knight à l'époque. Et euh, bah moi le premier. Très bons jeux aussi, par ailleurs.

Jamais je n'aurais jeté mon dévolu sur un titre comme Sub Culture si j'avais vu la boîte posée sur une étagère de magasin. Alors qu'aujourd'hui, je me retrouve à fixer l'écran de mon ordi devant un longplay du jeu, envoûté par son atmosphère. La personne qui a uploadé la vidéo semble tout aussi captivée, et se prélasse dans une petite zone tranquille peuplée de jolies tortues et poissons multicolores, au lieu d'aller fracasser des pirates. Un peu comme les gens qui restent des heures à mater des retransmissions de fonds marins filmés en direct, mais encore plus creepy que ça. Pas grave, Sub Culture nous permettait de le faire, et savait qu'on le ferait. Avec une petite refonte bien nécessaire de la tronche des personnages, ce jeu tiendrait encore la route aujourd’hui. Tiens, pas de conclusion légère avec ne serait-ce qu’une seule tentative de blague dedans. D’accord, mais juste pour cette fois, alors.

Sub Culture, PC, Ubisoft

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