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Muramasa : the Demon Blade

Post nostalgie #8
Renouveau Vidéoludique à Paris

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

Type de jeu

Le Beat’em All qui m’a rendu encore plus fou de folklore japonais fantasmé, et qui m'a fait comprendre que je ne valais pas mieux que les gros geek de mon école de game design.

Date de sortie sur nos machines

Novembre 2009, quand la planète pouvait encore espérer voir triompher la gauche, l’égalité, la solidarité, l’écologi… oulà, rien à voir. Désolé.

Développeur

Vanillaware, des anciens d’Atlus. Shin Megami Tensei, Persona… Legend of Kartia aussi. Ils sortent toujours des BTA de fou, tranquilles les gens.

éDITEUR

Rising Star Games Ltd., importe le savoir-faire japonais depuis les années 2000 pour nous, petits européens avides du meilleur des meilleurs !

Muramasa : dispo sur aucune plateforme plus récente que la Wii U. Et ça fait mal d’écrire que la Wii U n’est plus si jeune que ça. Ouille.

Ah, petit aparté préventif : en fait, je n’y ai jamais joué ! Allez, on passe à la suite ! Mais nan, mais nan, je faisais juste une grosse blague ! Marrons-nous tous ensemble ! Enfin, je n’y ai vraiment jamais joué, mais je veux quand même trop en parler. Parce que j’ai quand même trop adoré, même sans y avoir touché, je le connais quand même pas si mal, enfin de loin, mais… Bon, je ne vais pas m’en sortir, tant pis. En seconde année d’école de Game Design, j’ai emménagé avec deux de mes meilleurs potes de classe dans un sympathique appart parisien. Il appartenait à la chanteuse Emilie Simon, pour la petite histoire, même si on ne l’a jamais su avant de poser nos valises dedans. J’écoutais déjà ses disques avant d’arriver là, et j’ai encore plus écouté quand j’ai appris qu’on squattait l’appart qu’elle avait mis en location le temps d’une virée aux U.S.A. et qu’elle pouvait PEUT-ÊTRE PASSER UN DE CES JOURS !! Au final, elle ne viendra jamais, et on n’aura pas eu le moindre contact avec elle. Tant pis pour moi, tant mieux pour elle, j'imagine. Bref, le salon servait de lieu de vie commun le jour, et de chambre pour moi la nuit ; la notion de jour et de nuit devenant de plus en plus relative le temps avançant, surtout quand on vit avec deux fois plus de consoles et d'ordis que d'humains. Le jour, donc de dix-neuf heures à trois heures du matin, mon pote installait souvent l’une de ses trois consoles à côté de mon bureau. Comme ça, je pouvais le regarder jouer tout en restant scotché à mon ordi, par exemple en me faisant insulter sur DoTA, tandis que l’autre testait tout un tas de jeux différents.

Mise en abyme inattendue

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

Quand est arrivé Muramasa, je n’ai plus trop touché à mon PC, tant je suis resté fasciné par ce que je voyais à l’écran. Observer mon coloc kiffer sur le jeu, mais aussi rager comme pas possible, reste l’une des expériences sociales les plus fascinantes à laquelle j’ai pu assister. Le voir bloquer sur des portions de stages, des boss compliqués ou des monstres trop forts pour lui m’a permis de connaître certaines zones du jeu par cœur. J'y ai aussi décelé les prémices d’un souci autrement plus embêtant : ce coloc était un énorme con perfide, menteur et vicieux, exactement comme les bestioles qu'il n'arrivait pas à buter dans le jeu. Tu parles d'une immersion ! Impossible de faire mieux.

Vent de fraîcheur dans la bagarre

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

En vérité, je n’avais pas revu la bouille d’un bon gros beat’em all à scrolling horizontal depuis de longues années. Avec mon meilleur pote Randall Geyser, on avait récemment refait Turtles in Time sur émulateur, ainsi que tous les Golden Axe de la Mega Drive, et les deux premiers Streets of Rage, mais rien de plus récent. J’ai pu constater l’ampleur du chemin parcouru en quinze ans d’évolution vidéoludique. Muramasa restait bien un jeu de tabassage de méchants, mais n’avait en même temps plus rien à voir avec mes vieilles références 16-bits. Un gameplay beaucoup plus riche, des animations à couper le souffle, des décors somptueux, un bestiaire de dingue, une patte graphique impeccable, un aspect exploration plutôt bien équilibré. À l'époque, le terme metroidvania existait déjà, mais on ne l’utilisait pas trente-sept fois par jour pour définir tout et n’importe quoi. Une époque bénie et innocente, clairement.

Je pourrais continuer la liste comme ça pendant longtemps, mais qui a envie de voir autant de virgules en si peu de mots ? Il faut vivre le truc manette en main pour appréhender l'ensemble à sa juste valeur. Ce que je n’ai pas fait, HAHA ! Il faut considérer ça comme un hommage, et pas une imposture. Un petit effort de mauvaise foi, et ça passe tout seul. D’ailleurs, impossible de m’arrêter en si bon chemin. Car même si on parle de BTA, et donc en théorie de bourrinage sans trop de prise de tête, Muramasa possède la feature qui m’a le plus scotché : le sacro-saint système de progression que je vénère tant depuis la nuit des temps. Depuis 1992 et Warriors of the Eternal Sun ainsi que U.N. Squadron, en vrai. Notre personnage gagne de l’expérience, ses armes aussi, il (ou elle, selon le scénario) débloque de nouveaux combos… et puis, iel s’améliore en préparation culinaire pour se filer des buffs supplémentaires !

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii
Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

Fallait y penser, à intégrer le touillage de soupe miso qui permet de monter en l'air un énorme démon. Bah respect à celui ou celle qui a eu l'idée. Les images de plats donnent trop faim, en plus. La consommation de ramen a-t-elle augmenté depuis fin 2009 ? Sans doute que oui. J’arrête avec le gameplay, même si on en profite tout pareil en tant que spectateur qu’acteur, tellement Muramasa envoie en termes de dynamisme et de FX à l’écran. J’enchaîne donc avec l’ambiance. Les paysages ont de quoi rendre amoureux n’importe quel allergique au Japon médiéval et fantastique. Les ennemis et autres créatures mystiques rendent un hommage magnifique à la mythologie nippone, même si le design de certains PNJ féminins semble sorti de l’imagination d‘un ado un poil submergé par ses hormones.

Ce petit red flag empirera encore dans Dragon’s Crown, sorti par le même développeur, et dessiné par le même ado libidineux, j’imagine. Ces sessions de jeu ont enclenché quelques engrenages sympathiques dans mon cerveau. Dès que mon coloc chargeait sa partie, je me mettais à griffonner des concepts de jeu se basant sur le Mah Jong. Oui je sais, c’est chinois à la base, mais très en vogue depuis des lustres au Japon aussi. J'avais découvert ce jeu de société séculaire chez Eddie Chatterton, le pote de mon père, entre deux mandales envoyées par Theme Park, et trois high kicks balancés par Enduro Racer. Depuis ce jour, je reste obnubilé par toutes ces tuiles qui le composent, et qui composent aussi les parties de Taipei. Par exemple, j'ai voulu inventer un BTA dans lequel créer des combinaisons de tuiles du Mah Jong donnerait accès à des aptitudes et équipements associés.

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii
Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

Ou un Hack’n Slash, ou un tactical, je n'ai jamais réussi à me décider, et je suis resté bloqué depuis. Mais au moins, ça changeait de mes huit heures d'affilée passées sur DotA dès que je rentrais de l'école. À l’époque, je croyais encore en mes chances de devenir un Game Designer respectable, hahahahaha, cette candeur. Elle ne vaut pas mieux que le défaitisme et la semi-déprime permanentes qui me caractérisent aujourd'hui. Ou peut-être que si, quand même un peu ? En tout cas, Muramasa propose une diversité de décors assez incroyable. Champs de blé ondoyants, forêts hantées, grottes humides et froides, montagnes brumeuses et temples magiques, entre mille autres biomes vari… HAH non pas biomes, je déteste le terme autant que Metroidvania. Retenons juste que tout est trop beau, fourmille de détails et de féérie. Comme Rayman, à peu près.

Des stéréotypes comme on les aime

La musique m’a peut-être enchanté à un niveau supérieur encore à tout ce bazar. Je la trouvais juste parfaite, pile dans ce qu'un occidental s'attend à entendre quand il aime la culture japonaise sans rien connaître au pays. De temps en temps, je ne regardais même plus l’écran de la télé, je me laissais juste porter par les mélodies et les sonorités de ces instruments si caractéristiques de ce folklore ultra édulcoré. Enfin je crois, je trouve ça cohérent, mais j'ai dit que j'y connaissais rien. Pendant ces moments, mon concept de BTA / hack’n slash / tactical Mah Jong progressait à toute allure ! Ensuite seulement, quand je l’ai montré lors d’un entretien et que le boss de la boîte en question s’est foutu de moi, j’ai compris que je pouvais tout recommencer, et que devenir Game Designer, ça s’annoncerait un peu plus compliqué que prévu. Peu importe, c’est du passé, on tourne la page, allez. Oublie que tu as mis dix-sept mille balles dans cette école pour que dalle… HGNNNAARH ! Oui ça va. Une équipe de plusieurs musicosses a bossé sur l’O.S.T. parmi elleux, Hitoshi Sakimoto et Masaharu Iwata, rien que ça ! Quelqu’un a besoin que je contextualise un peu ? Gauntlet IV, Vagrant Story, FF Tactics, Bloody Roar 2, ça va au niveau des exemples de tueries ? Y en a plein d’autres, mais je n’ai pas d’article à lier dessus, donc je reste discret. Il y a tout ce qu’il faut là-dedans pour créer une B.O. légendaire. De l’épique, du mélancolique, du sombre, de l’angoissant… on y entend du koto, du shamisen, des chants de moines pas super accueillants, des gongs, de la flûte de pan, divers tambours, grelots et tout ce qui peut véhiculer le cliché de la musique japonaise qui nous accompagne quand on fracasse du démon. Mais on s’en éloigne un peu parfois, pour se rapprocher des animés à grands renforts de guitare électrique, ou de sonorités plus électroniques. Les années 2000 et leur propension à tout mélanger, quoi. Bah j’aime beaucoup, alors je ne vais pas critiquer. En tout cas, un morceau en particulier m’arrache des larmes de bonheur chaque fois que je l’écoute. Il fait partie des rares exceptions à avoir intégré ma playlist des jeux vidéo d'enfance, alors que je n’ai quasiment rien mis de postérieur à 2002 dedans. Tout comme Muramasa me fait croire que je gère en culture japonaise, sa bande-son me fabrique de la fausse nostalgie tout aussi cool que la vraie. Bah bien joué, qu’est-ce que je peux dire d'autre ?

Maramasa : the Demon Blade (Wii) - Dim Twilight A
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Retour de sabre

Mon coloc a mis longtemps, mais quand il a enfin terminé le jeu, il l’a logiquement laissé de côté pour passer à autre chose. Il a réussi à m’embarquer en coop dans Gears of War 2, je l’ai de nouveau regardé avec attention quand il s’est farci Darksiders, et surtout lorsqu’il a décidé de se lancer en compétition sur Street Fighter IV. Ouais, il avait toutes les consoles, comme la moitié des gars de ma classe, bande de salauds. Mais petit à petit, nos relations ont périclité, pour des raisons telles que son manque d’implication dans nos projets scolaires, ou parce qu’il a simplement passé trois ans à essayer de nous soutirer du fric, à mon autre coloc, ma copine et moi. Sans parler de ses mythos à n’en plus finir sur tous les sujets, notamment en ce qui concernait ses conquêtes féminines. Comme si, une fois Muramasa rangé dans son placard, notre bonne entente ne pouvait plus durer. Par la suite, j’ai voulu tester un jeu Vanillaware de mes propres mains, à moitié pour retrouver les sensations trop géniales de Muramasa, à moitié pour exorciser la présence malsaine de mon coloc qui traînait encore dans un coin de ma tête. 

Muramasa, the Demon Blade, Vanillaware, Nintendo, Wii

J’ai acheté Dragon’s Crown. J’ai apprécié pendant un temps, mais pas autant que son prédécesseur. Et puis ce chara design, quoi… dire que j'avais tiqué sur les boobs irréels d’une ou deux meufs dans Muramasa ; là j’ai compris ma douleur ! J’ai appris qu’un nouveau remake a été annoncé pour 2027, cette fois sur toutes les machines actuelles disponibles, et pas seulement en exclu Nintendo. Bonne nouvelle, ce jeu mérite que le monde entier le connaisse. Peut-être même que j’y jouerai pour de vrai cette fois. Sans doute que non, vu que je boucle toujours sur les mêmes trucs aujourd’hui, mais rien que d’éveiller ma curiosité représente un sacré exploit. Si ça pouvait m’aider à terminer ce concept de jeu sur le Mah Jong, ça m’arrangerait bien aussi.

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