Anno 1404 : Dawn of Discovery
Post Nostalgie #9
Renouveau vidéoludique à Paris

Type de jeu
Pas une machine à remonter le temps. Une machine à le comprimer, au point de faire disparaître dix heures de notre vie en quelques secondes.
Date de sortie sur nos machines
Juin 2009, février 2010 pour l’extension Venise. Et on fait passer les études supérieures qui passeront au second plan !
Développeur
Blue Byte Studio (Incubation, the Settlers), et Related Designs Software (euh, pas grand chose), tous deux absorbés par Ubisoft.
éDITEUR
Ubisoft, mangeur de studios et grand licencieur devant l’éternel depuis l’aube du XXIème siècle.
Anno 1404 : disponible sur GOG.com (Gold Edition), Steam (History Edition), le site d’Ubi (History Edition) et l'Epic Games Store (History Edition). Une bien belle histoire
Depuis la sortie d’Anno 1602, pendant mes années collège, j’ai toujours eu envie de me plonger dans la licence. J'avais un pote dont je buvais les paroles dès qu'il évoquait Anno 1602 ou Caesar III avec une passion de dingue. Je l'écoutais moins quand il tabassait trois mecs par jour, mais j'ai toujours été en sécurité avec lui. Fonzie Dafalgan, de son patronyme, un des vingt-trois caïds que comptait mon collège, mais le seul possédant un cœur rempli d'amour pour la gestion d’empires pixellisés. Et pour la série H, mais rien à voir. Merci Anno 1602, tu m'as sauvé d’une fracture de la mâchoire et de multiples subtilisations d’argent de poche, je crois. Anno 1602, j’ai toujours cru que je m’y mettrais un jour. Mon temps de réaction légendaire aidant, je n’ai franchi le pas qu’en 2010, et encore, parce qu’on m’a un peu aidé. En effet, quand je me faisais insulter pendant deux heures sur DotA par les pires homophobes, racistes, sexistes et pourvoyeurs de cancers de la Terre, il m'arrivait de comprendre que j'avais besoin d'une petite pause. Et si toucher de l’herbe ou voir de vraies personnes ne suffisait pas, je pouvais toujours compter sur mes colocs pour m’aiguiller sur tel ou tel nouveau jeu, vu qu’ils en testaient trois ou quatre par semaine. Dans le lot, Anno 1404 a fait souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur ma culture vidéoludique vieillissante.
La paix sociale par la gestion

Je n'ai pas acheté le jeu, je l'ai testé sur le compte Ubisoft d'un de mes potes, histoire d'ajouter le qualificatif parasite à mon C.V. de grosse feignasse. Mais purée, j’ai eu du mal à lâcher. Heureusement que mon PC était installé au milieu du salon et pas au fond d’une chambre ; je n’en serais pas beaucoup sorti, sinon.
Manger n’est pas jouer

Les jeux de gestion, j’adore depuis que je connais leur existence. Et pourtant, je n’en ai pas testé tant que ça, même si j’ai quand même passé un temps conséquent dessus, avec en haut du podium Master of Orion II et Civilization II. En tout cas, ça m’a permis d’aborder Anno 1404 avec des yeux relativement innocents. Et j’en ai clairement eu pour mon argent ; d’autant plus que j'y avais accès gratuitement. La système anti-piratage de l'enfer inventé par Ubi ne pouvait rien contre la colocation. Un petit cheh est de rigueur. En tout cas, en trois secondes, j’avais adhéré au concept. Un titre qui nous oblige à proposer une diversité toujours plus grande de ressources à nos petits citoyens pour qu’ils prospèrent de la bonne manière, quoi de plus addictif, hein ? On construit des exploitations, des marchés, des entrepôts, des habitations, et on regarde la vie fleurir tout autour, les yeux pétillants de bonheur, les artères saturées de dopamine. Bah ouais, on s’y attache vite, à nos petits citadins et citadines ! Surtout que le niveau de détail graphique permet de zoomer suffisamment pour les admirer vaquer à leurs occupations.
D’ailleurs, puisqu’on parle de graphisme, euh, même encore aujourd’hui, bah magnifique. Trop beau, fabuleux. Là, je me suis vraiment demandé comment pourrait-on inventer des graphismes plus fantastiques un jour. Je m’étais déjà dit ça à l'époque de Vagrant Story sur PS1, et même de EF-2000 sur ordi ou Aladdin sur Mega Drive, sauf que cette fois-ci, j'avais un peu moins tort. En vrai, il y avait plus de progrès visuels entre deux jeux Mega Drive sortis à trois ans d'écart, allez disons Toejam & Earl et le Roi Lion, qu'entre Anno 1404 et Anno 117, eux-mêmes séparés de plus de seize piges ! Du plus petit caillou à la plus immense cathédrale, impossible de ne pas rester en admiration devant le décor, insouciant à l’incendie qui ravage notre ville à cause d’un pyromane envoyé par l’ennemi. Mais quand on se concentre sur le cœur du gameplay, pas le temps de rêvasser !


Notre peuple réclame tant de matières et produits différents pour se développer, que la moindre distraction risque de nous faire perdre le fil. Bois, poisson, quartz, cuivre, or, pierre, mais aussi manteaux de fourrure, chandeliers, tapis orientaux, épices… j’en passe et des plus farfelus et/ou raffinés. Pareil pour nos villes, dont la liste de bâtiments constructibles donne le tournis. La petite cidrerie des débuts de partie se voit vite accompagnée d’une fonderie, d’une maison de charpentier, moulin, boulangerie, fabrique de verre, mine de sel… etc. De plus, tout ne se trouve pas autour de nos chères cités occidentales, il faut également bâtir de magnifiques médinas dans les zones “orientales” de la map, ce qui double presque notre champ de possibilités. Et voilà que la magnifique voix-off de Benoît Allemane nous annonce qu’on joue déjà depuis deux heures, puis quatre, puis six, et qu’il faudrait vraiment faire un break, là, si on ne veut pas finir aux urgences.
Allez, lève-toi juste pour boire un verre d'eau, au moins… Je n’avais plus ressenti une telle distorsion du temps depuis Heroes of Might and Magic III ; c’est dire le tour de force réalisé par Anno 1404 sur ma petite personne. Et oui, Benoît Allemane, c’est la mythique voix française de Morgan Freeman et euh… celle du grand-père de Petit Pied dans la Petit Dinosaure, histoire de trouver quelqu’un qui n’a pas de casseroles aux fesses. Il a aussi doublé Qual-Kehk dans Diablo II, Zoltun Kulle dans Diablo III, Galio dans League of Legends et quelques Space Marines dans Dawn of War II. Et là bon, y a aussi quelques dossiers malaisants sur ces personnages, notamment des envies de conquête du monde, alors ne nous attardons pas trop là-dessus. Si j'ai passé plutôt rapidement sur le mode histoire, il me restait encore 90% du jeu à explorer. Le scénario de la campagne a de quoi captiver le plus allergique aux histoires scriptées, pourtant.


Une histoire de trafic d'enfants qui sert à faire accuser un ennemi de confession différente pour justifier des croisades, ça envoie ou quoi ? Un pitch écrit par Bruno Retailleau, que ça ne m'étonnerait pas. Enfin ça envoie parce qu’on déjoue le complot, pas parce que je valide les immondes théories de ce gros facho. En seconde partie, on fait même ami-ami avec les musulmans pour renverser le méchant impérialiste. Là c'est plutôt du LFI dans le texte, et c'est totalement OK. Mais j'ai vraiment sombré dans une douce addiction quand j'ai vu à quel point on pouvait se concocter des parties indépendantes aux petits oignons, avec une myriade d'options à activer ou non. Des centaines de quêtes annexes à réaliser, entre porter secours à une nation alliée, récolter telle quantité de ressources, ou dénicher un poivrot qui a pissé sur l'hôtel de ville parmi tous les habitants qui se baladent dans nos rues.
En bon wokiste islamo-gauchiste mais qui aime quand même bien la thune, j'adorais surtout faire prospérer les cités moyen-orientales jusqu'à pouvoir bâtir une giga mosquée, l'équivalent des merveilles dans Age of Empires. Y en a qui auraient bien besoin d’un stage intensif d’Anno 1404 pour calmer un peu leurs ardeurs islamophobes. Et une cure de Rampage pour tempérer leur misogynie. Yep, je vous jure c’est vrai. Et encore, je n’ai pas parlé de la diplomatie, du système de réputation de notre avatar, des routes commerciales et de l’aspect militaire. Quoique sur ce dernier point, ça m’a paru plutôt simpliste. En même temps, l’intérêt ne se situe pas dans la bagarre. J’ai même trouvé ça superflu, en fait. Dès que je me faisais attaquer, je devais mettre en pause le bichonnage intensif de mes sujets, et ça m’agaçait au plus haut point !


Comme dans SimCity et ses désastres, je ne voulais surtout pas subir la moindre distraction dans mon entreprise. Foutez-moi la paix, les maladies, les tremblements de terre et les pirates ! Oh ! J'essaie de faire pousser des dattes depuis ce matin ! Mon dernier repas dans la vie réelle date de samedi dernier ! L'extension Venise ajoute son lot d'améliorations au gameplay, dont de nouveaux scénarios et quêtes, ainsi que la mécanique d'espionnage, le contrôle d'îles et leurs habitants via un siège au conseil, de nouveaux objets et bâtiments. Sans oublier une jolie cité vénitienne, malheureusement pas jouable, ainsi que le paysage volcanique. On va dire que ça apporte de la diversité à une carte déjà super riche. Purée qu'est-ce que c'est beau ! Je l'avais pas encore dit ? Bah c'est magnifique, et encore plus chronophage que c’est magnifique. Bordel, quelle beauté !
B.O. de l’appart >>> O.S.T du jeu
Avec un tel degré d’implication nécessaire pour progresser, je finissais par ne même plus entendre mon coloc rager lorsqu’il se faisait poutrer la tronche sur Street Fighter IV ou Muramasa. Inutile de préciser que je n’ai gardé aucun souvenir de la musique non plus. Dommage ou pas ? Aucune idée, de toute façon il y avait trop de bordel dans cet appart. Des gens qui passaient dans mon dos toutes les cinq minutes. Une soirée beuverie organisée tous les trois jours. Mon coloc qui hurle à côté de moi, donc, mais l’autre coloc aussi, depuis sa chambre cette fois (parce qu’il se faisait éclater sur Mount&Blade, entre autres). Pour écouter une O.S.T. de jeu de gestion, on a besoin de calme, quoi, ce que je n’ai pas eu avant 2012. Dommage, parce que plusieurs petites pépites sonores se cachent là-dedans. Le tout a été composé par une boîte allemande nommée Dynamedion, une boîte qui a composé pour plusieurs Total War, dont le Warhammer que je chéris tant, les Anno suivants et quelques Mortal Kombat (mais pas celui que je mets en lien). Sacrés grand-écarts musicaux, les gens. Mais bien joué aussi, c'est propre tout ça. J'ai même lu que les morceaux ont été composés en collaboration avec l’orchestre de Halle et le chœur philharmonique de Leipzig. Je n'ai pas les réfs, mais ça sonne comme des gens compétents. Désolé de n'avoir jamais écouté sur le moment, vraiment.
Fin du jeu dans 1404 ans
Une fois qu’on a capté comment extraire de l’or en métropole et fabriquer de la frangipane dans notre petit empire colonial, les nobles affluent enfin par carrosses entiers pour habiter notre belle cité. Et ensuite ? Bah, rien, on a un peu plié le game, là, non ? Du coup, bien que recommencer une partie nous distille encore quelques gouttes de dopamine par moments, le concept finit par s’essouffler. Et qu’est-ce qu’on fait pour éviter de s’emmerder ? Bah on retourne jouer à DotA, voilà ! Ahahahah quel mytho je fais ! Je n'arrive pas à me convaincre moi-même, ni me rassurer sur mes propres échecs. Pour maîtriser chaque point de gameplay et bâtir un véritable empire, j’aurais dû bûcher sur Anno 1404 beaucoup plus que ça.

Et en vrai, je n'en aurais jamais tiré le moindre ennui. J'aurais maigri, aussi, en sautant des dizaines de repas, au grand dam de la voix française du vieil Apatosaurus de la Vallée des Merveilles, qui me supplie d’aller me faire cuire quelques pommes dauphines. Je suis surtout retombé dans le fameux mod de Warcraft III à cause d’un affreux manque de volonté quant à mon objectif de m'en séparer à tout jamais. Flemme au moins aussi criante que lorsque je me pointais aux examens de rattrapage à la fac, sachant que je changeais d’orientation à la rentrée. Malgré tout, chaque nouvelle itération d’Anno me rappelle à quel point j'ai aimé me jeter à corps perdu dans l'immensité du concept, et que je retomberai sans doute dans la marmite un de ces jours. De plus, je n’y ai pas rejoué longtemps à DotA, en fait. Car quelques mois plus tard, le dénommé League of Legends allait montrer le bout de son nexus. Clairement, en termes de procrastination et de manque de volonté, je n’avais encore rien vu.
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