Castle of Illusion : starring Mickey Mouse
Jeu Super Obsédant #9

Type de jeu
Clone d’une légende (of illusion), qui se révèle tout aussi riche, et tout aussi méchant envers ces pauvres sorcières.
Date de sortie sur nos machines
Février 1991, histoire de narguer la version Mega Drive, sortie un mois plus tard.
Développeur
SEGA Enterprises Ltd. créateur du débat sans fin : quelle version de tel jeu est la meilleure entre la 8-bits et la 16-bits ?
éDITEUR
SEGA Enterprises Ltd. Alors, vous avez la réponse à la question précédente, ou quoi ?
Castle of Illusion : disponible sur la Master System Mini bien sûr !! Ah euh, non désolé, cette console n’existe que dans mes rêves les plus fous.
Pendant de longues années, j’ai toujours cru n'avoir jamais possédé ce jeu. Celui sur Mega Drive oui, impossible de ne pas penser à lui au moins cinq minutes par jour. Mais la version 8-bits, non. Puis, en gribouillant quelques lignes sur Land of Illusion et mon regret de ne pas y avoir joué non plus étant gosse (vrai pour le coup cette fois), j'ai traîné sur un longplay YouTube de Castle of Illusion et… BAM dans ma tête. Une case dans mon crâne a décidé de se rouvrir, et m'a inondé de souvenirs mignons tout plein. Bizarre de la part de mon cerveau de ranger ces fantastiques moments dans la catégorie amnésie traumatique. Ils ont dû se mélanger à d’autres événements, qui pour le coup méritent bien d’avoir été refoulés. Mon père avait bien acheté cette sympathique cartouche, on l'a même finie plusieurs fois ensemble, à se passer la manette quand on perdait une vie. Comment ai-je pu zapper ces moments ultra trop cool ? Impossible de le confondre avec son alter ego 16-bits, en plus, auquel je jouais chez ma mère (mais pas du tout avec ma mère).
Ouvrez les vannes

Bon, on s'en fiche un peu au final. L'important, c'est de réparer cet affront. Parce que chez SEGA au tout déut des années 90, on ne fait pas les choses à moitié, mais plutôt en double. Et la version 8-bits d’un même titre n’a pas toujours traîné dans l’ombre de son évolution sur Mega Drive.
Des souris et des ROMS

Deux studios de développement au sein de Sega bossent en même temps sur les versions 8 et 16-bits de Castle of Illusion. La cartouche Master System sort un mois plus tôt que celle de la Mega Drive en Europe, mais deux mois plus tard aux US. Je ne sais pas s’il existait un challenge entre les deux équipes, mais j’ai envie de croire que oui, et que la team Master System a un peu trollé l’autre. Bref, si l’histoire et le but restent les mêmes, les deux jeux possèdent assez de différences pour ne pas s’appeler pareil. Bon, ils s’appellent pareil, mais ça ne m‘aurait pas choqué qu’ils aient chacun leur nom. La première chose qui saute aux yeux vient de Mickey lui-même, qui ne peut pas tirer de pommes ou de balles tout droit, mais attrape tout un tas de trucs pour les lancer selon une trajectoire plus réaliste : un petit arc de cercle bien défini par la gravité. Si l’envie lui prend, notre rongeur de héros n’a qu’à porter les trucs suscités pour les emmener en balade avec lui. D'ailleurs, on se sert largement plus de cette feature ici que du lancer de projectiles là-bas.
Ça nous permet d’atteindre des zones, libérer des passages, ouvrir des portes ou fracasser des ennemis bien planqués, là où le tir sur MD ne sert que d’alternative à l’attaque fessière. Attaque fessière, oui. Je l’appelais à peu près comme ça, avant. Du coup, on nous met plus de collectibles et de machins interactifs à disposition, et ça fait ultra plaisir. Gameplay Master System : 1 - Gameplay Mega Drive : 0. Allez ça remballe sa prétention mal placée, la MD ! Oulà euh, il m’arrive quoi, à clasher ma console préférée d’amour ? On retrouve six mondes dans les deux jeux, mais un seul stage et l’affrontement avec un boss pour chacun d’entre eux sur MS, contre deux stages et le boss en plus pour la petite sœur. Oui, mais ça dure un peu plus longtemps côté 8-bits ! Du coup, on oublie la tempête et les ruines de la Mega Drive (snife), mais le niveau des sucreries devient un écosystème à part entière, et pas seulement le stage 2 de la bibliothèque.


Bah ouais, beaucoup plus logique, en fait. Je trouve le saut un peu mieux géré sur Master System, aussi. On a moins l'impression de flotter sur la lune. Comment ça, l’équipe 8-bits aurait mis au point une gravité mieux fichue ? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que ça fait déjà pas mal de jolies petites choses à se mettre sous la manette. Cette version Master System a beau reprendre en grande partie les paysages et monstres de la mouture MD, elle réussit tout de même à s’en démarquer assez fortement. Pour le moins bien, d’abord, car les boss me faisaient beaucoup plus flipper sur Mega Drive. Rien que le clown rebondisseur, bordel, un pourvoyeur de cauchemars sur ressorts de l’enfer, ce truc. Et le dragon de fin sur Master System inspire vraiment beaucoup de compassion, pour rester sympa. Le pauvre, il débarque dans la scène, et ne se déplacera plus jusqu’à ce qu’il se fasse éclater !
Pas d’animation quand il prend des tatanes, juste la tête qui gigote pour cracher quelques boules de feu bleu clair. On va dire qu’il ne restait plus de place dans la cartouche. Allez, je ne parle pas de la méchante sorcière qui arrive juste après, ça ne rendrait vraiment pas justice à cette catégorie de femmes qui mériterait une plus grande reconnaissance. Je sais pas moi, allez lire Terry Pratchett, ou allez regarder Kirikou. En attendant, baston finale Master System : 0 - baston finale Mega Drive : 1. Bon, on fait comment là, pour savoir qui gagne ? Bah on se focalise sur le charme se dégageant des deux jeux, pour voir. Sauf que… non, ça ne m’arrange pas, impossible de les départager ! Bien sûr que ça envoie plus de pixels et de couleurs sur console 16-bits. Mais les gouttes de chocolat trop mignonnes dans l'usine à desserts, comment peut-on ne pas les adorer ? Les textures de roche dans le niveau du château, elles déboîtent pas de ouf, peut-être ?


Mais ça claque trop, avouez-le bon sang de flûte à bec ! Et les coffres, les parts de gâteau, les lanternes qui allument et éteignent la lumière, et boutons à balancer ? Eh ouais ! Super stylés ! Merci de confirmer ! Les deux jeux ont leur propre identité, et la version Mega Drive ne gagne pas toujours lorsque l’on compare son atmosphère à celle du jeu 8-bits. Loin de là. D'accord, je suis super content d'avoir recouvré tout un bout d'enfance que je pensais inexistant, mais ça ne suffit pas à expliquer mon enthousiasme. Castle of Illusion Master System est un vrai chef-d'œuvre de mignonnerie, et d'items à jeter dans tous les coins. D’accord, il ne peut pas rivaliser en termes de level design quand l’autre met l’endroit à l’envers dans le monde des jouets, ou inonde un tunnel avec un torrent d’eau absolument terrifiant. L’intérêt du jeu 8-bits ne se situe juste pas au même endroit. Allez, voilà comment on règle un dilemme.
Une bande son aux dents longues
Comme pour nous convaincre de considérer les deux jeux Mickey comme presque pareils, on retrouve des compositions musicales souvent similaires, mais pas forcément utilisées pour les mêmes stages. On a aussi droit à des titres inédits, et d'autres qui ont disparu, un paquet pour le coup, puisqu'on n'a plus qu'un stage par monde. Il semblerait que les deux mêmes gars aient bossé sur les deux O.S.T., ce qui paraît logique, vu les grosses ressemblances. Bravo à Tokuhiko Uwabo et Shigenori Kamiya, d'avoir donné autant d'amour aux moutures 8 et 16 bits. Sacrées pointures chez les jeux estampillés Sega (et Disney), les mecs. Quackshot en tête. Eh, vous auriez pas eu envie de bosser sur un Quackshot Master System, d'ailleurs ? Ouais hein, maintenant que je vous ai mis l'idée en tête, ça vous obnubile, pas vrai ? Moi oui en tout cas. Mais qu'est-ce que je raconte, à croire que ces gars vont lire ce texte un jour ? Comme je connais tellement par cœur l’O.S.T. sur Mega Drive, je ne vais pas partager un portage Master System d'une des créations présentes sur les deux supports. Ça tombe bien, il y a un morceau endémique de la console 8-bits que je trouve génial, mieux que ceux qui accompagnent les stages du château chez la grande sœur. Petite sœur ? Purée j’en sais rien. Ce thème transmet une certaine angoisse sans en faire des tonnes. Une oppression pure, des ténèbres sans artifices. De la… allez stop, il faut savoir arrêter de kiffer se lire, frérot. La prose grandiloquente qui se regarde le nombril, ça va cinq minutes. Le verbiage narcissique qui s'envole dans des contrées… et merde ! Je recommence.
Prison of Illusion : starring Mario World
Allez les gars, ou les filles, je ne sais pas comment genrer des jeux ou des cartouches. Je vous déclare égalité. Cela dit, ce Castle of Illusion me rappelle un lieu précis : l’un des apparts de mon père, situé au huitième étage d'une tour qui faisait face à la prison de Rouen. Pas le spot avec le meilleur panorama, à priori. Pas la période la mieux rémunérée non plus concernant mon papa, j'imagine. Je restais souvent à la fenêtre du salon pour fixer les grilles des cellules et les miradors au loin, en espérant voir un truc se passer, sans trop savoir quoi exactement. J’ai joué à plein d’autres jeux dans cet endroit, mais Castle of Illusion y reste plus associé que les autres, bien que ça se bagarre avec Astérix et After Burner. Je l'aimais bien, cet appart. Un peu ratatiné, mais pas trop mal fichu. Les voisins venaient squatter un peu n’importe quand, d’après mon père. Comme si l’étage entier servait de refuge à moitié hippie. Parmi ces voisins, j'avais un “pote” dans l'immeuble. L'un des seuls gamins avec qui j'ai sympathisé quand je voyais mon père, vu que je ne venais qu'un week-end sur deux ou trois. Ce gosse se foutait totalement de ma Master System, car il venait de se faire offrir une Super NES avec Super Mario World dessus, ce qui me permet de situer l’époque avec une certaine précision : printemps / été 1992 ; pile cinq ans avant le lancement de FashionTV, ce qui n’a rien à voir. Je ne lui en veux pas au gars, il a juste raté une occase en or de choper des névroses débiles.

Comme par exemple mon amour pour des sprites insignifiantes, rapport aux gouttes en chocolat citées plus haut dans cet article, ou le faux cuir des coffres dans Alex Kidd in Shinobi World. Au moins, il me laissait y jouer un peu, merci mecton. J'ai oublié ton nom, désolé poto. Je n'ai pas oublié ton darron, par contre. Un gars sympa, qui ne mangeait que des pâtes, et qui n’instaurait pas trop de limites quant aux films qu'on pouvait regarder chez lui. Il se marrait quand je pleurais de trouille devant Killer Clowns From Outer Space. Il avait un pied coupé aussi, par une moissonneuse-batteuse, paraît-il. La jambe finissait tout droit comme un poteau. Ou comme un pied d'éléphant. Ou comme un sprite 16-bit un peu simplifié pour sa conversion en 8-bits. Ouais. Sacrée anecdote pour conclure un article sur un jeu vidéo Mickey. Mais je ne crois pas qu’on puisse faire mieux que ça.
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